Avec la validation d’une étude d’impact inédite adossée au Projet Qualité de l’Air (PQAT), Lomé se dote d’une boussole scientifique pour évaluer le coût de l’inaction environnementale. Un chantier à 4 milliards de FCFA soutenu par la BAD.
Jusqu’ici, la dégradation de la qualité de l’air en Afrique de l’Ouest relevait souvent du constat empirique : brumes de poussière saisonnières, congestion des grandes artères urbaines par des parcs automobiles vieillissants, et omniprésence des combustibles solides dans les foyers. Le Togo a décidé de faire basculer ce sujet dans le champ des données quantifiables. Ce jeudi 18 juin à Lomé, le ministère de l’Environnement a validé une étude d’impact sanitaire, climatique et économique de la pollution atmosphérique.
Portée par le Projet Qualité de l’Air au Togo (PQAT), cette initiative marque un tournant méthodologique. Pour la première fois, l’appareil étatique togolais ne traite plus la pollution comme une simple externalité environnementale, mais comme un indicateur macroéconomique et un enjeu critique de santé publique capable d’infléchir les politiques de développement national.
La cartographie des risques : les quatre moteurs de la pollution
Le rapport identifie une matrice de pollution croisée, où se mêlent précarité énergétique, obsolescence logistique et faiblesses structurelles dans la gestion des résidus urbains. Quatre secteurs concentrent l’essentiel des émissions de particules fines.
L’énergie domestique demeure le principal facteur de pollution intérieure, portée par la dépendance des ménages au bois de chauffe et au charbon de bois, avec des effets particulièrement marqués sur les populations vulnérables.
Le transport routier constitue un second foyer majeur, alimenté par la densification urbaine et l’importation de véhicules d’occasion fortement émetteurs, qui saturent les principaux axes urbains.
La gestion des déchets représente une troisième source importante, notamment à travers le brûlage à l’air libre des déchets solides municipaux, générant des polluants persistants dans l’atmosphère.
Les activités industrielles, bien que plus localisées, complètent ce système d’émissions anthropiques.
Le paradigme air-climat : une lecture intégrée des enjeux
La principale avancée de ce document réside dans l’intégration des enjeux environnementaux. La qualité de l’air et les engagements climatiques, souvent traités séparément, sont ici analysés comme un même système.
Les activités humaines identifiées produisent à la fois des polluants atmosphériques locaux et des gaz à effet de serre. Cette convergence impose une approche unifiée des politiques publiques, où chaque action de réduction des émissions contribue simultanément à l’amélioration de la santé publique et à la lutte contre le réchauffement climatique.
Comme l’a rappelé le directeur de cabinet du ministère de l’Environnement, Pyabalo Nabede, la lutte contre la pollution de l’air ne peut être dissociée de celle contre le changement climatique, les mêmes sources étant responsables des deux phénomènes.
Cette approche permet également d’optimiser l’efficacité des investissements publics, en maximisant les co-bénéfices sanitaires et climatiques.
Un financement structurant de 4 milliards de FCFA
Le Projet Qualité de l’Air au Togo (PQAT) repose sur un financement de 4 milliards de FCFA accordé par la Banque africaine de développement.
Au-delà de la production de données, ce financement vise la mise en place d’un dispositif opérationnel de mesure et d’analyse de la pollution atmosphérique, incluant des stations de suivi, la formation d’experts spécialisés et le développement d’outils d’aide à la décision pour les autorités publiques.
Pour la BAD, l’enjeu est également de favoriser la reproductibilité du modèle togolais dans d’autres contextes africains confrontés à des dynamiques similaires d’urbanisation rapide.
Les défis de mise en œuvre
La validation de l’étude constitue une étape importante, mais elle ouvre surtout une phase de mise en œuvre politiquement et économiquement sensible.
La réduction de la pollution liée au transport nécessitera des ajustements dans les politiques d’importation des véhicules. La diminution de l’usage du charbon impliquera le développement et la subvention d’alternatives énergétiques plus propres.
Le passage du diagnostic à l’action représente désormais le principal défi des autorités, entre impératifs sanitaires, contraintes économiques et acceptabilité sociale.
La Rédaction

