Ouvert depuis le 1er octobre et officiellement lancé cinq jours plus tard à Lomé, le Mois du consommer local entre dans sa deuxième semaine au Togo. Jusqu’au 31 octobre, produits, services et savoir-faire nationaux seront davantage exposés au public. Mais derrière cette mise en lumière, la septième édition pose une question plus profonde : comment transformer l’intérêt ponctuel pour le « Made in Togo » en débouchés durables pour les producteurs et les entreprises ?
Le Conseil des ministres du 6 octobre a rappelé l’ambition de cette initiative organisée depuis 2020 : renforcer la visibilité des produits locaux, soutenir les chaînes de production et de commercialisation et favoriser l’intégration régionale. L’édition 2026 est placée sous le thème « Consommation locale, facteur d’intégration régionale et de souveraineté économique : défis et opportunités ».
Une vitrine qui doit conduire au marché
Expositions-ventes, ateliers de formation, visites d’entreprises et d’infrastructures consacrées à la qualité ainsi qu’une conférence thématique sont programmés à Lomé et dans les régions. L’objectif ne se limite donc plus à demander aux consommateurs de privilégier les produits fabriqués localement.
Les autorités mettent cette année davantage l’accent sur les conditions permettant à ces produits de gagner réellement des parts de marché. Qualité, innovation, conditionnement, certification et régularité de l’offre figurent parmi les principaux enjeux identifiés. Des exigences qui concernent notamment l’agroalimentaire, l’artisanat, le textile, les cosmétiques, les services et l’innovation.
Cette évolution est importante. Un produit local peut bénéficier d’un attachement particulier du consommateur, mais cet avantage ne suffit pas lorsqu’il doit rivaliser quotidiennement avec une offre importée disponible, bien présentée, distribuée régulièrement et parfois moins chère. Le « consommer local » devient alors autant une question de production et de compétitivité qu’une affaire de préférence patriotique.
Produire davantage, mais surtout mieux transformer
Le gouvernement veut aussi utiliser cette édition pour identifier les chaînes de valeur capables de soutenir davantage de transformation au Togo. L’ambition affichée est d’augmenter la production, de renforcer la compétitivité des biens et services locaux, de stimuler la demande nationale et de réduire la dépendance aux importations.
Cette logique renvoie directement à la transformation des matières premières. Produire localement ne garantit pas que l’essentiel de la valeur soit créé dans le pays si les produits quittent les exploitations ou les filières avec peu de transformation avant que des biens finis ne soient ensuite importés.
Le défi concerne également le transport, la distribution, le respect des normes et l’accès aux investissements. Les responsables économiques présents lors du lancement officiel ont notamment insisté sur la certification, la traçabilité et la régularité de l’offre, autant de critères nécessaires pour accéder durablement aux marchés nationaux mais aussi régionaux.
Octobre comme point de départ, pas comme finalité
Le Mois du consommer local est une initiative commune aux huit États de l’UEMOA. Au niveau régional, l’édition 2026 associe directement la consommation locale aux mutations du commerce mondial et à la recherche d’une plus grande souveraineté économique. Au Togo, elle accompagne également la stratégie nationale de promotion de la consommation locale à l’horizon 2030.
Après six éditions, l’enjeu devient donc progressivement mesurable : les entreprises locales parviennent-elles à produire régulièrement, à améliorer leurs standards, à accéder aux circuits de distribution et à fidéliser les consommateurs au-delà du mois d’octobre ?
Les manifestations prévues jusqu’au 31 octobre offrent une vitrine supplémentaire aux producteurs togolais. Mais la réussite du « consommer local » se jouera surtout les onze autres mois de l’année, lorsque les stands auront disparu et que le consommateur retrouvera, dans les boutiques et sur les marchés, l’arbitrage quotidien entre prix, qualité, disponibilité et origine du produit.
La Rédaction
Sources : Communiqué du Conseil des ministres du 6 octobre 2026 ; Portail officiel de la République togolaise ; UEMOA.

