Le Togo a vécu, entre le 2 et le 3 mai 2025, l’un des moments institutionnels les plus décisifs de son histoire contemporaine. Démission du gouvernement, désignation du chef de l’exécutif, prestation de serment et élection du président de la République : en l’espace de vingt-quatre heures, la Ve République est devenue une réalité.
Une transition encadrée et assumée
Tout a commencé le 2 mai 2025 par la démission du Premier ministre Victoire Tomégah-Dogbé et de son gouvernement. Une décision attendue, prévue par les dispositions transitoires de la nouvelle Constitution adoptée le 6 mai 2024. En rendant les rênes de l’exécutif, la cheffe du gouvernement a salué « l’exaltante mission » qui lui avait été confiée : accompagner la transition vers un nouveau régime sans rompre la continuité de l’État.
Le président de la République, Faure Essozimna Gnassingbé, a accepté cette démission avec reconnaissance, tout en chargeant l’équipe sortante d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation du nouveau gouvernement.
3 mai 2025 : une journée fondatrice pour les institutions
Dès l’aube du 3 mai, les institutions togolaises sont entrées en mouvement. À 7h00, l’Assemblée nationale s’est réunie en séance plénière exceptionnelle pour désigner, conformément à l’article 47 de la nouvelle Constitution, le Président du Conseil, c’est-à-dire le nouveau chef du gouvernement.
Sans surprise, Faure Gnassingbé a été désigné à cette fonction, clé de voûte du nouveau régime parlementaire. Fort de deux décennies à la tête de l’État, il apporte à cette fonction un capital politique, diplomatique et sécuritaire considérable. Quelques heures plus tard, à 9h00, il prêtait serment devant la Cour constitutionnelle, sur la place des fêtes de la Présidence.
Enfin, à 14h30, le tout premier Congrès du Parlement, réunissant Députés et Sénateurs, était officiellement ouvert dans l’hémicycle du pavillon annexe de l’Assemblée nationale. Une autre illustration du basculement vers une démocratie parlementaire active et bicamérale.
Faure Gnassingbé, président du Conseil des ministres : une nouvelle gouvernance
Le passage à un régime parlementaire a permis à Faure Gnassingbé de prendre une place toute particulière, non seulement comme président du Conseil des ministres, c’est-à-dire chef du gouvernement, mais aussi comme acteur central de la gestion opérationnelle de l’exécutif. À ce titre, il assume désormais la responsabilité de la direction des politiques publiques et de la gestion quotidienne des affaires gouvernementales.
Cette évolution marque un profond changement dans l’organisation politique du pays, car la présidence de la République est désormais distincte de la gestion gouvernementale. Faure Gnassingbé, fort de son expérience de deux décennies à la tête de l’État, est désormais chargé de coordonner les actions du gouvernement et de mettre en œuvre les politiques publiques, tout en garantissant une collaboration renforcée avec l’Assemblée nationale. Son rôle se distingue donc de celui qu’il occupait précédemment.
Jean-Lucien Savi de Tové, président de la République togolaise
Dans le cadre de cette nouvelle architecture constitutionnelle, Jean-Lucien Savi de Tové a été élu président de la République. Figure historique de la scène politique togolaise, ancien prisonnier politique devenu artisan du dialogue national, il incarne la mémoire, la sagesse et le consensus.
Sa mission, désormais largement honorifique mais symboliquement puissante, consiste à représenter l’unité de la Nation, garantir le respect de la Constitution et arbitrer, sans gouverner. À 85 ans, il s’inscrit dans une logique de réconciliation politique, en incarnant un contrepoint serein à l’exécutif désormais piloté par le président du Conseil.
Vers une République de compromis, de coordination et de responsabilité
Le Togo entre ainsi dans une nouvelle ère où le pouvoir ne repose plus sur un exécutif hyper-présidentiel, mais sur une répartition équilibrée entre un président garant des institutions et un chef du gouvernement issu du Parlement. Ce basculement institutionnel vise à renforcer la collégialité, la redevabilité et le dialogue démocratique.
Entre continuité et mutation, cette séquence marque le début d’une République plus inclusive, où la mémoire politique croise l’efficacité technocratique. Le défi reste immense : faire vivre ce nouveau modèle dans un esprit de concertation, de stabilité et de maturité démocratique.
La Rédaction

