À Tandjouaré, dans l’extrême nord du Togo, l’apiculture devient un levier d’autonomisation féminine. En 2026, un projet local soutenu financièrement par la Mairie de Paris refait surface dans l’actualité, non pour ses performances agricoles, mais parce qu’il est entraîné dans une controverse politique française sur l’usage des subventions municipales à l’international.
Tandjouaré, un territoire rural en quête d’opportunités
Située dans la région des Savanes, la préfecture de Tandjouaré figure parmi les zones les plus vulnérables du Togo. L’économie locale repose largement sur l’agriculture de subsistance, avec une exposition forte aux aléas climatiques, un accès limité aux marchés et une pression migratoire constante des jeunes vers les centres urbains.
Dans ce contexte, les femmes jouent un rôle central dans la production et la transformation, mais restent souvent exclues des circuits de financement, de formation et de décision économique. C’est dans cet environnement que l’apiculture s’est imposée comme une activité alternative, peu consommatrice de terres, compatible avec d’autres cultures et capable de générer des revenus rapides.
L’apiculture comme outil d’autonomisation féminine
Le projet mis en œuvre à Tandjouaré repose sur une logique simple : former et équiper des femmes rurales pour créer une micro-économie autour du miel. Les bénéficiaires apprennent la gestion des ruches, la récolte, la transformation, l’hygiène, le conditionnement et la commercialisation.
Au-delà de la production, l’enjeu est entrepreneurial. Les revenus issus du miel permettent de sécuriser la scolarité des enfants, d’améliorer l’alimentation familiale et de renforcer la capacité des femmes à participer aux décisions économiques du foyer et de la communauté.
En 2026, plusieurs participantes écoulent déjà leur production sur les marchés locaux et intercommunaux, contribuant à structurer une petite filière autour d’un produit à forte valeur ajoutée dans le nord togolais.
Un projet local soutenu par la Mairie de Paris
Contrairement à certaines perceptions, la Mairie de Paris ne pilote pas le projet. Elle intervient comme financeur partiel, dans le cadre de ses programmes de solidarité internationale.
L’appui accordé en 2024 s’inscrivait dans un dispositif municipal destiné à soutenir des initiatives portées par des associations et partenaires locaux à l’étranger. À Tandjouaré, la subvention visait notamment l’achat de ruches, le matériel apicole, la formation technique et l’encadrement des bénéficiaires.
Le schéma est clair :
•le projet est conçu localement,
•mis en œuvre au Togo,
•suivi par des acteurs de terrain,
•et seulement appuyé financièrement par Paris.
Il ne s’agit donc pas d’un projet « parisien », mais d’une initiative togolaise bénéficiant d’un soutien international ciblé.
La polémique française qui rattrape le projet togolais
Si le financement remonte à 2024, c’est bien en 2026 que le projet refait surface dans l’actualité. À Paris, une partie de la droite municipale s’attaque aux subventions accordées par la majorité, dénonçant des aides jugées « clientélistes » ou trop éloignées des priorités des contribuables parisiens.
Dans ce débat, l’exemple des ruches au Togo est utilisé comme symbole : pourquoi une mairie française financerait-elle un projet agricole en Afrique ? Les critiques mettent en avant la question des priorités budgétaires, de la transparence et de l’utilité directe pour les habitants de Paris.
Les défenseurs de ces dispositifs rappellent, eux, que la Ville de Paris dispose d’une politique assumée de coopération internationale, que les montants engagés restent modestes au regard du budget municipal et que ces projets s’inscrivent dans une logique de solidarité, d’environnement et de diplomatie citoyenne.
Ainsi, le programme d’apiculture de Tandjouaré devient un objet de confrontation politique en France, alors que, sur le terrain togolais, il reste avant tout un outil économique concret.
Entre débat parisien et réalité togolaise
À Tandjouaré, la polémique semble lointaine. Pour les bénéficiaires, l’essentiel est la capacité à produire, vendre et vivre de leur travail. En 2026, l’enjeu principal devient la durabilité : accès aux marchés, structuration en coopératives, amélioration de la qualité du miel et adaptation aux contraintes climatiques.
L’apiculture apporte aussi un bénéfice environnemental. La pollinisation soutient les cultures locales, limite la déforestation et participe à la protection des écosystèmes. À l’échelle du territoire, ces effets comptent davantage que les débats idéologiques menés à plusieurs milliers de kilomètres.
Le cas de Tandjouaré illustre ainsi un paradoxe contemporain : un projet rural togolais devient un marqueur politique en France, alors qu’il répond d’abord à une logique d’autonomie économique féminine et de développement local au Togo.
Ce que révèle le dossier en 2026
Au-delà de la controverse, l’affaire pose des questions structurantes : comment financer durablement l’autonomie économique des femmes rurales africaines, comment articuler solidarité internationale et responsabilité budgétaire locale, et comment éviter que des projets de terrain soient instrumentalisés dans des combats politiques éloignés de leur réalité.
À Tandjouaré, les ruches ne sont ni un slogan ni un symbole abstrait. Elles incarnent une stratégie concrète de survie économique, de valorisation des ressources locales et de renforcement du rôle des femmes dans l’économie rurale togolaise.
La Rédaction

