Dans un réquisitoire sans concession, le Front citoyen Togo debout (FCTD) fustige l’amateurisme structurel et la navigation à vue des forces d’opposition. Pour la plateforme citoyenne, seule une refondation doctrinale et organisationnelle permettra de briser le statu quo face au régime en place.
LOMÉ – C’est un pavé dans la mare d’une opposition togolaise déjà marquée par une faible dynamique interne. Le Front citoyen Togo debout (FCTD) a livré un diagnostic d’une rare sévérité sur l’état clinique de l’opposition. Par la voix de son porte-parole, le professeur David Dosseh, le mouvement de la société civile a disséqué les pathologies chroniques qui paralysent les forces alternatives : déficit de structuration, hyper-réactivité émotionnelle et incapacité congénitale à s’inscrire dans le temps long de la stratégie politique.
Selon le FCTD, l’opposition togolaise reste prisonnière d’un logiciel romantique et spasmodique, privilégiant l’étincelle de la contestation à la construction patiente d’une alternative crédible. « Nous avons souvent fonctionné avec beaucoup de passion et dans l’euphorie, en oubliant la structuration et la consolidation de nos bases », a déploré David Dosseh. Un péché originel dont le coût politique est immédiat : « Lorsque nous sommes face à un écueil, l’attelage se disloque, il faut reprendre à zéro, et le peuple se décourage. »
Sortir du piège de l’agenda dicté par le pouvoir
Le réquisitoire du porte-parole cible notamment l’absence de doctrine autonome. En clair, l’opposition ne propose pas, elle réagit ; elle ne mène pas le jeu, elle subit les initiatives de la présidence. « Si le pouvoir fait semblant de tourner à gauche, nous courons faire un barrage à gauche. Cela ne va pas nous conduire très loin », a-t-il cinglé, appelant à s’affranchir d’une posture purement défensive qui condamne l’opposition à un éternel rôle de figurant.
Cette superficialité se cristallise, selon lui, dans la focalisation excessive des partis sur les récents bouleversements constitutionnels. Pour le FCTD, se battre uniquement sur le terrain du droit institutionnel revient à soigner les symptômes plutôt que la maladie.
Le grand recentrage : de la querelle de textes à la rupture systémique
« L’objectif n’est pas de contrer une modification de la Constitution. L’objectif, c’est comment mettre fin définitivement à ce système dictatorial. C’est la priorité », a martelé David Dosseh. Une clarification sémantique majeure qui invite les états-majors politiques à abandonner les combats d’arrière-garde juridiques pour se concentrer sur l’essentiel : le rapport de force réel et la transition démocratique globale.
Pour opérationnaliser ce sursaut, le FCTD prône l’émergence d’un bloc historique cohérent, articulé autour d’une charte de confiance réciproque et d’une ingénierie politique commune, impénétrable aux querelles d’ego et aux calculs boutiquiers des partis.
Reste une équation de taille : dans un paysage politique atomisé par les rancœurs et usé par des décennies de rendez-vous manqués, la voix du FCTD — bien que lucide quant à son propre engagement — saura-t-elle s’imposer comme le catalyseur de cette refondation, ou rejoindra-t-elle la longue liste des appels à l’union restés lettre morte ?
La Rédaction

