L’alphabétisation ne relève pas uniquement de la politique éducative. Elle conditionne aussi l’autonomie économique, l’accès aux services et la participation à la vie sociale. Au Togo, plus de 1,3 million de personnes restent privées de la maîtrise de l’écrit, tandis que les financements mobilisés pour les programmes d’alphabétisation demeurent très inférieurs aux besoins annoncés. Un décalage qui interroge la place accordée à l’éducation des adultes dans les priorités de développement.
Les progrès de la scolarisation ne suffisent pas à résorber les inégalités héritées des générations précédentes. Pour les adultes qui n’ont jamais fréquenté l’école ou qui l’ont quittée prématurément, les possibilités de rattrapage dépendent de dispositifs spécifiques, souvent moins visibles que l’enseignement scolaire.
L’enjeu dépasse l’apprentissage de la lecture. Dans une économie où les démarches administratives, les transactions et les services se numérisent progressivement, la maîtrise de l’écrit devient une condition d’accès à de nombreuses opportunités.
Un financement très éloigné des ambitions
Sur les quatre milliards de FCFA prévus pour l’alphabétisation en 2024-2025, seuls 403 millions auraient été mobilisés, soit environ 10 % de l’enveloppe annoncée.
Cette différence entre prévisions et ressources disponibles limite potentiellement l’ouverture de nouveaux centres, la formation des encadreurs et la continuité des apprentissages.
Le ministère chargé des Solidarités envisage de renforcer la recherche de financements auprès des partenaires techniques et financiers, à travers des projets susceptibles de bénéficier de leur soutien.
Les femmes au cœur des inégalités persistantes
La question de l’alphabétisation reste étroitement liée aux disparités entre les sexes et entre les territoires.
En 2011, une enquête nationale établissait le taux d’alphabétisation à 52,4 % chez les femmes, contre 76,9 % chez les hommes. Ces données anciennes illustrent un déséquilibre historique, sans permettre à elles seules d’en mesurer précisément l’ampleur actuelle.
Des enseignements existent en français et dans plusieurs langues nationales, notamment l’éwé, le kabyè, le tem et le ben.
Mais leur portée dépend de financements réguliers, d’une proximité avec les populations concernées et de formations adaptées aux activités professionnelles.
Pour le Togo, l’alphabétisation des adultes représente ainsi un enjeu de productivité, d’égalité et d’inclusion. Sa progression dépendra moins de nouvelles ambitions affichées que de la capacité à financer durablement leur mise en œuvre.
La Rédaction

