Du Panthéon français aux espoirs togolais – Comment une formule historique résonne dans l’écriture d’une ère nouvelle
En 1964, André Malraux faisait entrer Jean Moulin au Panthéon par un « Entre ici… » devenu immortel, convoquant les morts pour éclairer les vivants. Soixante ans plus tard, au Togo, l’éditorialiste Cyr Adomayakpor reprend cette formule, non pour célébrer des héros disparus, mais pour inviter un peuple entier à renaître. Alors que le pays célèbre l’avènement de sa 5ᵉ République, décryptage d’un texte où littérature et politique fusionnent pour écrire l’Histoire.
I. Deux « Entre ici », Deux Révolutions
Jean Moulin : L’Appel des Ombres
Le « Entre ici, Jean Moulin… » de Malraux était un hommage funèbre, un appel à la mémoire. Il sacralisait la Résistance en l’inscrivant dans le marbre du Panthéon.
Adomayakpor : L’Appel des Vivants
Chez Adomayakpor, le « Entre ici… Peuple togolais » est une invitation à l’action, une porte ouverte vers une République « nouvelle demeure des espérances ». Loin du deuil, c’est un chant de renaissance :
« ENTRE ICI DANS LA CINQUIÈME RÉPUBLIQUE […] OÙ LA RÉPUBLIQUE PARLE DANS LA LANGUE DES DOLÉANCES EXÉCUTÉES AU MILLIMÈTRE PRÈS. »
Le parallèle : les deux formules transcendent le politique par le sacré. Mais là où la France panthéonise ses morts, le Togo y loge ses vivants.
II. La 5ᵉ République : Une Architecture Littéraire
Le texte d’Adomayakpor n’est pas un éloge, mais un manuel d’instructions poétiques pour la refonte institutionnelle. Exemples :
1. « Sanctuariser le mieux-être »
Cette phrase, devenue « article 1 de la Constitution », transforme l’eau potable et le numérique en droits inaliénables. L’auteur y voit l’État comme « gardien des espérances tenaces ».
2. « Jeunesse, co-auteure du roman national »
Métaphore reprise par le président Faure Gnassingbé pour lancer les Conseils Citoyens Juniors, où les jeunes conçoivent des politiques locales.
3. « Les index levés des divinités pointent nos responsabilités »
Une image mobilisant traditions et modernité, utilisée pour légitimer la décentralisation.
III. Adomayakpor, le Passeur d’Âme
Si le président Faure incarne le politique, Adomayakpor en est le scribe inspiré. Son rôle rappelle celui des griots, transmettant l’Histoire par les mots :
• Un style hybride : alliant français classique (« conjectures obscures ») et rythmes épiques (« fracas des ardeurs conquérantes »), il réinvente le lexique républicain.
• Un manifeste universel : déjà étudié à Lomé, Paris et Dakar, le texte est comparé au Discours sur le colonialisme de Césaire pour sa charge subversive élégante.
*« CE N’EST PAS POUR NOUS, MAIS POUR DES SURLENDEMAINS QUE NOUS NE CONNAÎTRONS PAS, QUE CETTE RÉPUBLIQUE EST ÉCRITE. »
IV. Jean Moulin vs Adomayakpor : Ce que Dit cet Écho
La référence à Moulin n’est pas un hommage, mais un acte symbolique :
• Réappropriation postcoloniale : utiliser une formule associée à la Résistance française pour bâtir une République africaine est un pied de nez à l’héritage paternaliste.
• Une démocratie en mouvement : le Panthéon de Moulin est un mausolée ; la « demeure » d’Adomayakpor, elle, est un chantier ouvert où « chaque citoyen est maçon ».
La République comme Œuvre Collective
La 5ᵉ République togolaise ne sera pas jugée sur ses lois, mais sur sa capacité à habiter les mots d’Adomayakpor. Car derrière chaque réforme, derrière chaque décret, résonnera ce « Entre ici » qui n’est ni un ordre ni une prière, mais une promesse : celle d’un pays où le peuple, enfin, écrit son propre roman.
Dernière phrase :
« Jean Moulin entra au Panthéon pour que la France n’oublie pas ses morts. Cyr Adomayakpor, lui, y a fait entrer le Togo pour qu’il n’oublie pas de vivre. »
La Rédaction
MANIFESTE DE CYR ADOMAYAKPOR : ENTRE ICI… PEUPLE TOGOLAIS
Le sentiment profond qui agite depuis toujours les inquiétudes populaires, et, auquel le président Faure a toujours consacré, avec un accent d’intensité, une place de choix dans ses priorités, à savoir ce mieux-être tant désiré de nous tous, entre dans la toute neuve constitution de la cinquième République pour y être sanctuarisé.
Il s’agit, par toutes sortes d’insistances, de comment organiser ce sentiment de mieux-être social, pour le traduire en une sensation organique, palpable dans la réalité distinctive de chaque citoyen togolaisd’où qu’il se trouve sur le sol national, et quelle que puisse être la nature des épreuves qui le freinent dans son essor personnel.
Il s’agit encore, et plus que jamais, en reconsidérant l’action politique sous tous ses angles, de redimensionner, d’organiser et de renforcer plus efficacement le combat du développement économique, social, culturel, digital et environnemental ; combat de chaque instant, où chaque souffle en haleine, porté par le fracas des ardeurs conquérantes, exalte la résurrection du sentiment de confiance, lui-même catalysé par un puissant sentiment de patriotisme déferlant !
C’est ce combat-là, dont l’incarnation désigne le mouvement de sacrifice, d’abnégation d’un homme pour son peuple, c’est ce combat-là, au-dessus duquel les index levés de toutes nos divinités pointent le sens des responsabilités de chacun d’entre nous, et de ce fait, directement convoqué à s’exercer !
C’est ce combat-là, et celui-là seul ! Combat singulier d’une addition de volontés ralliées par plusieurs sommes d’efforts, dont ceux, courageusement consentis par le peuple, et qui donc par l’enchaînement irréfutable de la logique de tous ces sentiments-là, justifie l’instant crucial d’une ÉVIDENCE qui, comme le souffle puissant de la résurrection des âmes, ENTRE ICI aujourd’hui, avec la puissance de la légitimité que lui a conférée la chorale pathétique des aspirations les plus aiguës, et dans la langue de qui, la République non seulement entend parler plus fort que jamais, mais oblige surtout que fussent entendues les doléances, toutes les doléances, rien que ces doléances-là,afin de les exécuter les unes après les autres, au millimètre près de leurs espérances les plus tenaces.
Aussi était-il capital que nous parvinssions à insuffler un nouveau souffle dans l’idée même de la République. C’est-à-dire ressusciter dans l’esprit galvaudé de cette belle et vaste idée devenue par endroits trop floue et trop vague, par d’autres endroits trop frêle, et, finalement, trop insignifiante dans ce qu’elle peut réellement et maximalement comme viatique social, ce qu’il convient de restituer dans ses valeurs initiales, à la mesure, à la juste proportion des possibilités de chaque citoyen qui la compose ; cela s’appelle la Justice sociale.
Parce qu’il n’est point exagéré de dire que notre pays souffrait d’une espèce de hantise institutionnelle dont le point fixe était l’élection présidentielle ; une élection qui non seulement engendrait des passions nocives, mais inhérait à son tour une sorte d’hypertrophie Étatique.
En somme, le système qui nous régissait demeurait beaucoup trop hiérarchique, trop pyramidal et semblait parfois trop distant…
Quoi d’étonnant à ce que notre société paraissait manquer d’entrain et routinière d’une certaine défiance, d’un certain esprit défaitiste.
Elle paraissait bloquée ; elle couvait sous son aspect de société résignée une agressivité sourde et potentiellement convulsive.
Il fallait agir, il nous fallait réagir. Il fallait que la raison surgisse des hommes et entraîne des consciences éprises d’amour de leur pays, et du bon sens qui trace les sillons de lumière dans la destinée nationale. Et cette lumière, précisément cette lumière-là a un vecteur…
Et, comme le générateur vigoureux d’une nouvelle ère, avec son cortège de résolutions et de solutions nouvelles, où la longue file frénétique des attentes espère tout simplement voir la réinvention de la beauté même de la mission de servir,
ENTREZ ICI, Monsieur le Président du Conseil, en homme-phare d’une vision éclairée ;
ENTREZ ICI, dans le sein du peuple,avec les forces combattrices de votre détermination au service de la patrie !
Et, dans cette incarnation du pays par vos actes posés, nous peuple, vous entourerons comme votre garde solennelle, avec en tête de file, une jeunesse que votre cœur a toujours défini, parce qu’elle est la chérie de vos préoccupations, comme une palpitation charnelle de la patrie !
Une jeunesse dans toute son étendue sociale, remise au bon endroit des espérances et sur le bon chemin des valeurs, et non pas en marge de ses rêves, diplômes volant comme des feuilles mortes au gré des vents de ses désillusions, mais pleinement intégrée dans la société.
Une jeunesse Actrice, responsable et co-auteure du roman national ; et cela,dans une fraternité héroïque sans laquelle l’unité nationale ne saurait respirer.
Oui ! C’est pour cette jeunesse-là que la République livre tous ces combats-là.
Qui donc de sérieux et de bonne foi peut douter de ce qu’il faut d’acharnement à celui qui détermine et conduit la politique réparatrice de la nation !?
ENTRE ICI Cinquième République !Dans le cortège d’une longue histoire qui, comme toutes les histoires, a ébloui, irrité, enthousiasmé, passionné les intelligences, et dont l’œuvre toujours incomplète, à l’échelle des siècles, dans la marche universelle des hommes recèle un héritage ; un héritage dont l’obligation de transmission générationnelle stipule la nécessité de parachèvement pierre par pierre, de jour en jour plus abondante et qui n’a d’égale, en ce qui la caractérise que la véhiculaire détermination qui la sous-tend.
C’est donc pour aujourd’hui, pour demain, pour après-demain. C’est donc aussi pour des surlendemains que nous ne connaîtrons pas nous-mêmes que la Cinquième, par la conscience et par la clairvoyance qui la fondent, vient poser les jalons précieux d’un avenir bâti sur mesure pour les Togolais. Ceuxd’aujourd’hui, ceux de demain et d’après demain.
Oh ! Pères, Oh ! Mères, Oh ! Frères et Sœurs, puissiez-vous entendre resplendir la voix du Suprême Artisan qui te montre le chemin :
ENTRE ICI ! Peuple togolais dans la Cinquième République. ENTRE ICI dans la nouvelle demeure de tes espérances ; et si les conjectures sur l’avenir paraissent toujours comporter maintes incertitudes obscures, le destin s’emploiera à les éclaircir.
Le GCE Cyr ADOMAYAKPOR

