Face à l’amenuisement critique des stocks halieutiques, Lomé muscle son arsenal contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Entre sanctions pécuniaires drastiques, repos biologique obligatoire et maillage sécuritaire du littoral, l’État togolais engage une course contre la montre pour préserver sa souveraineté alimentaire.
LOMÉ – Le golfe de Guinée est devenu le théâtre d’une crise silencieuse, mais dévastatrice. Pour y répondre, le Togo accélère sa riposte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), un fléau qui asphyxie les écosystèmes marins et paupérise les communautés côtières. Si la traque des infractions traditionnelles — à l’instar de l’usage destructeur de filets à mailles non conformes ou de l’utilisation criminelle de carbure — reste une priorité, la stratégie nationale intègre désormais une vision plus structurelle. L’objectif : réguler la surexploitation et garantir la qualité sanitaire des captures débarquées.
Sur les quelque 50 kilomètres du littoral togolais, une douzaine de sites stratégiques, incluant le Port de pêche de Lomé (POPEL) et les campements artisanaux environnants, sont désormais placés sous un microscope permanent. Ce suivi est opéré par des comités locaux de gestion, véritables sentinelles de proximité et premier maillon d’une chaîne de surveillance renforcée visant à éradiquer les pratiques écocides.
Vers une diplomatie de la rigueur : l’arsenal réglementaire se corse
Pour donner des dents à sa politique de préservation, le gouvernement togolais a considérablement durci son cadre législatif. Désormais, le calendrier maritime impose 51 jours de repos biologique annuel, doublés d’une trêve hebdomadaire stricte fixée au dimanche pour la pêche en mer. Une véritable bouffée d’oxygène pour des ressources halieutiques soumises à une pression anthropique sans précédent.
Parallèlement, le régime des sanctions est entré dans une phase de tolérance zéro. L’utilisation de substances chimiques prohibées, comme le carbure, expose dorénavant les contrevenants à la saisie immédiate de leur embarcation pour une durée de deux mois, assortie d’une amende dissuasive franchissant le cap des 500 000 francs CFA. Quant aux réfractaires au repos dominical, ils s’exposent à des peines similaires, couplées à une immobilisation de leurs outils de production pouvant s’étendre sur trois mois.
Cette inflexion répressive est pleinement assumée par les autorités et les gestionnaires de terrain, conscients de l’urgence écologique. « Le gouvernement a mis le paquet et maintient une pression constante pour une lutte efficace », souligne Jean Komlan Koudjagbo, délégué du Port de pêche de Lomé. L’expert plaide néanmoins pour un ajustement technique du calendrier, suggérant d’avancer le repos biologique au mois de juin, une période jugée biologique et économiquement plus névralgique pour la reproduction des espèces.
Le défi de la haute mer : l’ombre des flottes industrielles étrangères
Cependant, l’efficacité de ce bouclier côtier bute sur une faille géopolitique majeure : la haute mer. Hors de portée de la juridiction et des moyens de projection de la marine togolaise, le pillage des eaux profondes persiste. Les acteurs locaux pointent du doigt la responsabilité de chalutiers industriels étrangers — notamment d’origine asiatique —, accusés de rafler les zones poissonneuses à la lisière des eaux territoriales, souvent au mépris des quotas.
Cette pêche industrielle de grande échelle, tapie dans des zones internationales à la surveillance lacunaire, prive progressivement les artisans pêcheurs de leurs ressources traditionnelles. Pour les communautés locales, le sentiment d’injustice grandit face à cette concurrence asymétrique qui menace directement la survie économique de la filière artisanale.
À la croisée des chemins entre urgence environnementale, résilience économique et sécurité alimentaire, la lutte du Togo contre la pêche INN dépasse désormais le cadre d’une simple police des mers. Elle s’impose comme un test grandeur nature pour la souveraineté de son économie bleue.
La Rédaction

