En se retirant du cadre de concertation mais en se maintenant aux élections municipales, la DMP et d’autres partis d’opposition creusent leur propre ambiguïté politique. Une rupture à demi-mesure, symptomatique d’une opposition fragmentée.
C’est un geste fort, mais qui interroge. Dans un communiqué officiel récent, la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) a annoncé son retrait du Cadre Permanent de Concertation (CPC), dénonçant « une mascarade de dialogue » à quelques jours des élections municipales. Un coup de poing verbal, censé marquer la rupture. Pourtant, aucune intention de boycotter les élections n’a été formulée.
« On claque la porte, mais on laisse un pied dans la pièce. »
Cette stratégie hybride — rupture verbale et participation active — traduit peut-être moins une cohérence politique qu’un calcul électoraliste. La DMP dénonce un cadre biaisé, tout en espérant tirer profit d’un scrutin qu’elle considère comme illégitime. Une contradiction qui risque de brouiller son image plus qu’elle ne renforce son message.
Quitter le dialogue… mais jouer le jeu électoral
Le CPC, organe consultatif censé permettre un échange régulier entre majorité et opposition, est aujourd’hui vidé de son contenu selon la DMP. Le communiqué évoque une « mascarade démocratique » où les décisions seraient prises unilatéralement par le régime. Pourtant, la DMP n’en retire pas ses candidats des municipales. Elle reste en lice, comme si l’arène électorale avait plus de valeur que la table du dialogue.
Ce positionnement fait apparaître une opposition à géométrie variable, qui adapte ses principes à ses intérêts. On critique la nouvelle Constitution, mais on participe aux élections qu’elle encadre. On dénonce la confiscation du pouvoir, mais on en accepte les règles quand il s’agit de briguer quelques sièges municipaux.
Une opposition plurielle, mais synchronisée dans l’ambiguïté
La DMP n’est pas seule dans cette posture. L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) suit un raisonnement identique : critiques virulentes à l’égard du régime et de la nouvelle République, mais engagement électoral sans réserve. C’est la démocratie à la carte, où chaque formation choisit ses batailles, ses dialogues, ses scrutins, comme on compose un menu.
Cette attitude fragilise encore davantage la cohérence de l’opposition, qui dénonce sans rompre, participe sans adhérer. Et dans un climat marqué par la répression des manifestations de juin, l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur des morts suspectes, et l’exclusion de certains acteurs politiques, cette posture devient difficilement défendable devant une opinion publique en quête de clarté et de courage.
Une rupture d’affichage plus que de fond
À l’approche d’un scrutin municipal qui s’annonce tendu, le retrait du CPC par la DMP ressemble à une opération de communication plus qu’à une rupture stratégique. La dénonciation du dialogue sans retrait électoral, la critique du cadre institutionnel sans action concertée avec la société civile, et l’appel à la mobilisation presque incantatoire, soulignent une opposition en mal de cohérence.
Dans ce contexte, la formule résume toute l’ambiguïté d’une opposition piégée entre ses principes et ses ambitions :
« On claque la porte, mais on laisse un pied dans la pièce. »
La Rédaction

