Dette publique, même monnaie, même banque centrale, même marché régional : pourtant, les États de l’UEMOA n’empruntent pas aux mêmes conditions. En juillet, à échéance comparable de trois ans, le rendement exigé par les investisseurs a atteint 7,87 % pour le Mali contre 6,14 % pour le Togo, soit un écart de 173 points de base. Derrière ces décimales apparaît une réalité fondamentale : partager le franc CFA n’efface pas la perception du risque propre à chaque État.
Le contraste ressort des adjudications organisées à deux jours d’intervalle sur le marché des titres publics de l’UMOA. Le 8 juillet, le Mali proposait notamment une obligation assimilable du Trésor à 36 mois, assortie d’un taux d’intérêt nominal de 6 %. Le 10 juillet, le Togo présentait une obligation de même maturité, rémunérée à 6,15 %. À première vue, les conditions semblent proches. Le verdict du marché l’est beaucoup moins.
Pour une valeur nominale de 10 000 FCFA, les investisseurs ont acquis l’obligation togolaise à un prix moyen pondéré de 10 001 FCFA. Son rendement moyen ressort ainsi à 6,14 %. Pour l’obligation malienne, le prix moyen est tombé à 9 518,09 FCFA, portant le rendement à 7,87 %.
Le taux affiché n’est pas le véritable prix de l’argent
Cette différence permet de comprendre un mécanisme souvent invisible derrière les annonces d’emprunts publics. Le taux d’intérêt inscrit sur une obligation, appelé coupon, ne suffit pas à déterminer ce que le marché exige réellement d’un État. Le prix auquel les investisseurs acceptent d’acheter le titre entre également dans l’équation.
Lorsqu’ils paient moins que sa valeur nominale, le rendement qu’ils obtiennent augmente. C’est précisément ce qui s’est produit pour le Mali. À l’inverse, l’obligation togolaise à trois ans a été adjugée pratiquement au pair. Le marché a donc accepté de prêter au Togo à un coût sensiblement inférieur sur cette maturité.
Les 173 points de base ne constituent toutefois ni une note souveraine ni un classement définitif entre les deux économies. Les rendements peuvent varier d’une adjudication à l’autre selon les besoins de financement de l’État, les montants proposés, la liquidité disponible dans les banques, la maturité des titres ou encore l’appréciation du risque par les investisseurs.
Ils constituent néanmoins un signal de marché : lorsque les prêteurs demandent davantage de rendement, le financement de la dette devient plus exigeant.
Pour le Togo, un avantage qui compte
Cette différence prend une dimension particulière dans un pays qui sollicite régulièrement le marché régional. Lors de l’opération du 10 juillet, le Togo recherchait 25 milliards de FCFA. Les investisseurs en avaient proposé 46,7 milliards et le Trésor avait finalement retenu 26,5 milliards sur les trois maturités de 3, 5 et 7 ans. À cette date, Lomé avait déjà mobilisé 241 milliards de FCFA depuis le début de 2026, soit 52 % d’un objectif annuel fixé à 463 milliards.
Dans ce contexte, quelques dizaines de points de base ne sont pas anecdotiques. Répétés sur des montants importants et sur plusieurs années, des coûts de financement plus élevés finissent par accroître la charge supportée par les finances publiques et réduisent les marges disponibles pour d’autres dépenses.
Le sujet est d’autant plus important que la dette publique reste un poste majeur de l’équation budgétaire togolaise. Le gouvernement indiquait mi-septembre un ratio d’endettement de 60,2 % du PIB, tandis que sa stratégie à moyen terme vise notamment à réduire le risque de refinancement et le coût du portefeuille.
Une monnaie commune, huit signatures différentes
C’est finalement la principale leçon de ces adjudications. L’UEMOA mutualise une monnaie et une politique monétaire, mais elle ne mutualise pas les finances publiques de ses huit États.
La BCEAO relevait encore dans son rapport de septembre que, sur le marché obligataire régional, les conditions de financement s’étaient globalement détendues au deuxième trimestre 2026. Cette amélioration générale n’empêche cependant pas les écarts entre signatures souveraines.
Pour le Togo, le rendement de 6,14 % observé en juillet constitue donc une photographie favorable, pas un acquis permanent. Chaque nouvelle émission remet en jeu le prix auquel le marché accepte de financer l’État.
Le franc CFA est identique à Lomé, Bamako, Dakar ou Abidjan. Mais lorsqu’un gouvernement vient l’emprunter, ce franc commun acquiert un prix différent. Et derrière ce prix se lit, à chaque adjudication, une partie de la confiance que le marché accorde à la signature de l’État.
La Rédaction
Sources : UMOA-Titres ; BCEAO ; ministère des Finances et du Budget du Togo ; Financial Afrik.

