La route qui relie Lomé à Ouagadougou puis Niamey n’est plus seulement un axe d’échanges : elle devient un laboratoire technologique. Depuis Lomé, les trois pays — Togo, Burkina Faso et Niger — amorcent une transformation silencieuse mais déterminante : la création d’un Système de Transport Intelligent (STI) destiné à sécuriser, fluidifier et digitaliser l’un des corridors économiques les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest.
Une révolution technologique au service du commerce régional
Ouvert ce 3 décembre à Lomé, un atelier technique piloté par l’Unité de Coordination du Projet du Corridor Économique (PCE-LON) a mis la dernière touche à un chantier numérique d’envergure : la validation des études qui serviront de socle au futur STI financé par la Banque mondiale.
Ici, pas de simple modernisation. Il s’agit de bâtir un écosystème connecté, fondé sur :
• la géolocalisation des convois,
• des plateformes d’information interopérables entre États,
• des bases de données communes,
• des systèmes automatisés de contrôle et de gestion du trafic,
• et l’intégration de protocoles sécuritaires face aux risques croissants sur les routes sahéliennes.
Autrement dit, le corridor ne sera plus surveillé par des barrières routières, mais par des capteurs, serveurs et données partagées en temps réel.
Digitalisation contre tracasseries routières et surcoûts
Le futur système s’attaque directement aux freins qui grèvent encore la compétitivité régionale : contrôles multiples, coûts logistiques élevés, absence de coordination administrative et manque de transparence dans le transit.
Selon le Secrétaire général du ministère togolais des Transports, Dr Michel Komlan Tindano, ce dispositif devient « un levier essentiel pour fluidifier le transit, renforcer la transparence et faire entrer la chaîne logistique dans l’ère de la digitalisation ».
Objectif annoncé : réduire les contrôles redondants, harmoniser les procédures, sécuriser la circulation des marchandises et limiter les retards coûteux entre Lomé, Cinkassé, Ouagadougou et Niamey.
Le Port de Lomé, pivot d’une stratégie régionale
Près de 90 % du commerce africain transite par voie maritime, et le Port autonome de Lomé, déjà classé parmi les plus performants de la côte atlantique, entend consolider sa place de hub régional. Le STI devient l’arme logistique pour renforcer cette position, tout en appuyant les réformes sur la sécurité routière et la compétitivité des opérateurs.
Financé à hauteur de 470 millions de dollars pour tout le corridor, dont 120 millions pour le Togo, le projet PCE-LON ambitionne d’être plus qu’une infrastructure : une colonne vertébrale économique reliant trois capitales, trois marchés et trois destins interdépendants.
Prochaine étape : mise en œuvre et défis d’intégration
À l’issue des travaux, administrations, transporteurs et experts ont été invités à formuler des recommandations finales. La phase suivante, cruciale, sera celle du passage « du papier à la route » : le déploiement opérationnel du système, qui exigera coordination politique, discipline administrative et adoption massive par les acteurs du transport.
Le corridor Lomé–Ouaga–Niamey entre donc dans l’ère où le bitume ne suffit plus : la donnée devient nouvelle infrastructure.
La Rédaction

