Dans un contexte de tensions politiques exacerbées, la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) persiste et signe : elle refuse catégoriquement de participer aux premières élections sénatoriales du Togo, prévues le 2 février 2025. Dans un communiqué cinglant, cette plateforme d’opposition dénonce un « coup d’État constitutionnel » orchestré par le régime du président Faure Gnassingbé et met en garde ses élus contre toute collaboration avec un processus qu’elle juge illégitime et antidémocratique.
Trois motifs pour un boycott historique
La décision de la DMP repose sur une analyse implacable des enjeux économiques, politiques et constitutionnels :
1. Le piège économique
Dans un pays en proie à une crise socioéconomique aiguë, la création d’un Sénat est qualifiée de « gouffre financier ». La DMP souligne l’absurdité d’engager des dépenses publiques supplémentaires pour une institution qu’elle estime superflue, alors que « le peuple togolais lutte quotidiennement contre la pauvreté et la mauvaise gouvernance ».
2. L’arnaque politique
Le corps électoral, composé de 1 523 conseillers municipaux et 179 conseillers régionaux, est largement contrôlé par le parti au pouvoir, l’UNIR, après des élections locales entachées de fraudes en 2019. La DMP accuse le régime de manipuler ce scrutin pour légitimer sa mainmise sur les institutions, transformant ainsi les élus de l’opposition en « complices d’une monarchisation de la République ».
3. La trahison constitutionnelle
Le cœur du combat réside dans le rejet de la 5ᵉ République, instaurée par une révision constitutionnelle adoptée en mars 2024 sans consultation populaire. La DMP rappelle que cette réforme, qualifiée de « coup de force », prive les Togolais de leur droit fondamental à élire un président au suffrage universel, transférant les pouvoirs exécutifs au président du Conseil, issu de la majorité parlementaire.
Un appel à la vigilance : « Ne soyez pas les complices de cette mascarade ! »
La Conférence des présidents de la DMP lance un avertissement solennel à ses élus : participer à ces élections reviendrait à entériner la confiscation de la souveraineté populaire. Elle dénonce les tentatives de « débauchage » des grands électeurs issus de ses rangs, instrumentalisés pour donner une façade de légitimité à un Sénat illégal.
« Ce Sénat n’a qu’un objectif : servir de courroie de transmission au régime pour pérenniser son hégémonie », insiste Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, coordinatrice de la DMP. Elle rappelle que l’institution sénatoriale, introduite en 2002 sous la 4ᵉ République, n’a jamais été fonctionnelle et sert aujourd’hui à « verrouiller le système » en faveur de l’UNIR, qui détient 108 des 113 sièges à l’Assemblée nationale.
Un contexte institutionnel explosif
La 5ᵉ République, marquée par un régime parlementaire, concentre les pouvoirs entre les mains du président du Conseil—poste occupé de facto par Faure Gnassingbé—réduisant le président de la République à un rôle symbolique. Pour la DMP, cette architecture institutionnelle « sanctuarise le pouvoir d’un clan » et enterre toute perspective d’alternance démocratique.
La résistance comme ultime rempart
Face à ce qu’elle perçoit comme une « dérive autoritaire », la DMP en appelle à la mobilisation citoyenne et internationale. Elle exige :
• La restauration de la Constitution de 1992, garante du suffrage universel direct.
• Une consultation nationale inclusive pour résoudre la crise de gouvernance.
• Le rejet catégorique des institutions issues de la 5ᵉ République.
« En démocratie, seul le peuple est souverain », conclut le communiqué, rappelant que la légitimité ne se négocie pas dans les couloirs d’un Sénat illégitime.
La Rédaction

