L’Union européenne vient de renforcer sa lutte contre les flux financiers illicites en mettant à jour sa liste noire des juridictions à haut risque. Cinq pays africains y figurent désormais, exposés à des sanctions et à un isolement financier partiel. Le Togo, lui, reste hors de cause, un positionnement stratégique qui mérite d’être souligné.
L’UE resserre l’étau sur les pays à haut risque
Récemment, la Commission européenne a actualisé la liste des pays tiers présentant des carences stratégiques dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Cette mise à jour s’aligne sur les travaux du Groupe d’action financière (GAFI), référence mondiale en matière de conformité financière.
Dix pays figurent sur cette nouvelle liste noire, dont cinq africains :
• Algérie
• Angola
• Côte d’Ivoire
• Kenya
• Namibie
Ces pays devront désormais faire face à des mesures de vigilance renforcées de la part des institutions financières européennes. Cela implique des contrôles plus stricts sur les transactions, une surveillance accrue des secteurs à risque (immobilier, art, transferts de fonds…), et une réduction potentielle de l’appétit des investisseurs.
Des reproches sévères sur les dispositifs de contrôle
Pour les pays listés, l’UE pointe un manque de progrès dans la mise en œuvre des recommandations du GAFI. Sont notamment dénoncés :
• l’insuffisance de la transparence sur les bénéficiaires effectifs des sociétés,
• des systèmes de surveillance inadaptés aux risques réels,
• une coordination institutionnelle trop faible,
• et l’absence de sanctions efficaces contre les entités impliquées dans le financement du terrorisme.
L’Algérie, par exemple, est accusée de présenter des « lacunes stratégiques » dans son architecture de contrôle financier et devra revoir en profondeur son dispositif LBC/FT (Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme).
Le Togo, une position saluée
À l’inverse, le Togo ne figure ni sur la liste noire ni sur la liste grise de l’Union européenne ou du GAFI. Cette absence est le fruit d’une politique de conformité constante. Membre actif du GIABA(Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest), le pays a multiplié les efforts pour aligner sa législation et ses pratiques aux standards internationaux.
Parmi les avancées reconnues :
• la révision du cadre juridique national,
• le renforcement des capacités des acteurs publics et privés,
• une meilleure coopération entre les institutions de régulation,
• et une surveillance plus ciblée des flux financiers à risque.
Cette posture permet au Togo de conserver sa crédibilité financière sur la scène internationale, de maintenir des relations bancaires fluides avec l’Union européenne et de se positionner comme un pôle de stabilité réglementaire en Afrique de l’Ouest.
Le Sénégal et l’Ouganda montrent la voie
Autre bonne nouvelle pour le continent : le Sénégal et l’Ouganda ont été retirés de la liste noire de l’UE. Ces deux pays ont réussi à convaincre le GAFI de leurs progrès, notamment en matière de supervision fondée sur les risques, de transparence financière et de coopération interinstitutionnelle.
Le Sénégal, en particulier, a mené des réformes structurelles saluées comme exemplaires. Ce succès montre qu’il est possible de sortir de ces listes contraignantes à condition d’une volonté politique forte et d’un engagement institutionnel constant.
Le Togo doit rester vigilant
Si le Togo n’est pas concerné par la liste noire, rien n’est acquis. Le durcissement des normes internationales exige une actualisation permanente des mécanismes de contrôle, un renforcement des sanctions et une transparence accrue sur les bénéficiaires effectifs des structures juridiques.
Dans un environnement régional sous tension, le Togo dispose d’un avantage qu’il lui faudra préserver s’il souhaite continuer à attirer les flux d’investissements et maintenir la confiance des partenaires internationaux.
La Rédaction

