Chaque dimanche, Tindjassi-Lao balaie ses places et nettoie ses espaces communs. Une organisation devenue presque routinière dans ce village de la préfecture de Mô. Mais quelques mètres au-delà des maisons commence un problème que la seule mobilisation des habitants ne peut résoudre : celui de la route. Dans cette zone agricole de la région Centrale, l’enclavement rappelle ainsi la frontière entre ce qu’une communauté peut accomplir par elle-même et ce qui exige une infrastructure publique à son échelle.
À Tindjassi-Lao, femmes et jeunes se retrouvent régulièrement pour les opérations de salubrité. Pendant ce temps, une partie des hommes rejoint les champs, souvent à pied ou à moto, par les pistes reliant le village aux espaces de production.
Cette organisation raconte un territoire actif plutôt qu’un village attendant passivement son développement. Mais elle fait aussi apparaître un paradoxe : on peut organiser collectivement la propreté d’une localité, entretenir ses espaces et produire dans ses champs ; il est beaucoup plus difficile de maîtriser ce qui se passe lorsque les récoltes doivent quitter le territoire.
Quand 105 kilomètres deviennent une distance économique
Entre Bassar et Tindjassi, environ 105 kilomètres séparent les deux localités. Pourtant, le trajet peut prendre trois à quatre heures en voiture. Il faut compter au moins 4 000 FCFA pour effectuer le déplacement, tandis qu’une course à moto peut atteindre 10 000 à 12 000 FCFA.
La distance ne se mesure alors plus seulement en kilomètres. Elle se traduit en temps, en coût de transport et en difficultés d’accès aux marchés.
Le calendrier commercial lui-même finit par organiser les déplacements. Djarkpanga tient son marché le mercredi, Tindjassi-Lao le jeudi et Bassar le samedi. Faute de véhicules disponibles en permanence, ces journées deviennent aussi celles où les possibilités de déplacement augmentent.
Pour un territoire produisant notamment igname, maïs, arachide et sorgho, cette contrainte touche directement l’économie agricole. Produire davantage n’a de sens que si les récoltes peuvent être acheminées dans de bonnes conditions vers les lieux où elles seront vendues.
C’est toute la différence entre une zone capable de produire et un territoire pleinement connecté à son marché.
Les pistes ont changé la plaine, sans achever son désenclavement
La préfecture de Mô n’est pourtant pas restée en marge des investissements. Le Projet de développement rural intégré de la plaine de Mô a profondément renforcé les infrastructures locales. Environ 174 kilomètres de pistes rurales ont notamment été aménagés, auxquels se sont ajoutés des équipements agricoles, hydrauliques et marchands.
Ces réalisations ont amélioré les déplacements entre plusieurs villages et les centres de production. Elles ne règlent cependant pas entièrement la question de la connexion de la plaine aux grands axes.
C’est désormais cette différence qui devient déterminante : une piste permet de circuler à l’intérieur d’un bassin agricole ; une liaison routière durable permet à ce bassin de s’insérer plus efficacement dans les circuits commerciaux.
La question est suffisamment importante pour que le projet de bitumage de l’axe Bassar-Tindjassi soit encore présenté localement comme un levier attendu pour fluidifier la circulation et faciliter l’écoulement des productions agricoles.
Le désenclavement comme infrastructure économique
Réduire la question routière au confort des déplacements ferait donc manquer une partie essentielle de l’enjeu. Une route praticable en toute saison agit sur le prix du transport, la régularité des approvisionnements, l’arrivée des commerçants et la capacité des producteurs à choisir plus facilement où et quand vendre.
Elle agit aussi sur bien d’autres dimensions du quotidien : rejoindre un établissement scolaire, accéder à des soins, faire venir un service ou simplement circuler lorsque les conditions météorologiques se dégradent.
Tindjassi-Lao donne ainsi une autre lecture du désenclavement rural. Les habitants peuvent organiser leurs journées de salubrité, entretenir leur village et continuer à produire. Mais certaines étapes du développement dépassent nécessairement la somme des initiatives individuelles.
La route en fait partie. Dans la plaine de Mô, le prochain saut ne consiste donc plus seulement à rapprocher les villages entre eux, mais à réduire la distance économique qui les sépare du reste du pays.
La Rédaction
Source : Agridigitale.net

