Longtemps relégué à l’arrière-plan des politiques publiques, le secteur de l’eau et de l’assainissement est en train de changer de statut. À Lomé et dans sa périphérie, il devient un chantier stratégique, pensé non plus comme une succession d’ouvrages techniques, mais comme un levier central de santé publique, de développement économique et de stabilité urbaine.
Derrière les chiffres et les kilomètres de canalisations annoncés, se dessine une ambition claire : rompre avec la vulnérabilité hydrique chronique de la capitale et préparer une croissance urbaine durable, à l’heure où la pression démographique et climatique s’intensifie.
Une refonte silencieuse mais massive des réseaux urbains
Le cœur du programme repose sur une transformation profonde du système d’assainissement de Lomé. Il ne s’agit pas d’ajouter quelques infrastructures ponctuelles, mais de redessiner entièrement la chaîne de collecte, de transport et de traitement des eaux usées.
Le projet prévoit ainsi :
•près de 600 kilomètres de réseaux répartis entre réseaux primaires, tertiaires et de décharge
•la mise en service de 20 stations de pompage et de relevage, véritables poumons techniques du dispositif
•la construction d’une station d’épuration capable de traiter jusqu’à 86 750 m³ d’eaux usées, dimensionnée pour accompagner l’expansion future de l’agglomération
Cette architecture vise un objectif précis : mettre fin aux rejets anarchiques, réduire les risques sanitaires et restaurer progressivement les équilibres environnementaux en zone urbaine.
Le fleuve Mono, nouvelle colonne vertébrale hydrique
Autre pilier de la stratégie : la valorisation des ressources du fleuve Mono, appelé à jouer un rôle clé dans la sécurisation de l’approvisionnement en eau.
Les autorités projettent la construction d’une station de traitement de grande capacité, pouvant traiter jusqu’à 200 000 m³ par jour. L’enjeu dépasse l’accès domestique : il s’agit aussi de soutenir les usages économiques, industriels et agricoles, tout en anticipant les besoins futurs.
Autour de cette infrastructure, un ensemble d’ouvrages structurants est prévu :
•un château d’eau de 5 000 m³,
•une station de pompage de forte puissance (6 176 kW),
•un réseau d’adduction de 66 kilomètres de conduites, conçu pour sécuriser la distribution sur de larges périmètres
Stocker, anticiper, sécuriser : une logique de résilience
La stratégie ne se limite pas à produire et traiter l’eau. Elle intègre une dimension essentielle : la capacité de stockage et de régulation. Des réservoirs de grande capacité, allant jusqu’à 20 000 m³, ainsi que de nouvelles stations de pompage, sont à l’étude pour renforcer la résilience du système face aux pics de demande et aux aléas climatiques.
Cette approche traduit un changement de paradigme : penser l’eau comme une ressource stratégique à sécuriser sur le long terme, et non comme un service ponctuel.
2030, une échéance politique et sociale
Aujourd’hui, l’accès à une eau gérée de manière sécurisée reste limité, estimé à environ 19 %. Le contraste avec l’objectif affiché — l’accès universel à l’horizon 2030 — illustre l’ampleur du défi.
Mais ces investissements marquent une rupture : ils posent les bases d’un système capable de réduire durablement les inégalités d’accès, d’améliorer les conditions de vie urbaines et de soutenir la transformation économique du pays.
Plus qu’un programme d’infrastructures, c’est une politique de souveraineté hydrique qui se met en place, discrète mais déterminante pour l’avenir de Lomé.
La Rédaction

