À Madagascar, un site archéologique énigmatique nommé Teniky défie depuis des décennies les scientifiques. Longtemps attribué à des marins portugais naufragés du 16ᵉ siècle, une étude récente révèle qu’il pourrait s’agir d’un village fondé par des exilés zoroastriens perses entre le 10ᵉ et le 12ᵉ siècle. Niché à plus de 160 km de la côte, ce lieu isolé et abandonné offre un témoignage unique des migrations et pratiques religieuses anciennes dans l’océan Indien.
Des niches funéraires uniques en Afrique de l’Est

Les falaises de Teniky sont creusées de niches rocheuses surélevées, rappelant les astōdans zoroastriens du Fars en Iran, où les morts étaient exposés jusqu’à ce que seuls leurs os subsistent, conformément aux principes du zoroastrisme. Chaque niche, souvent encadrée de renfoncements circulaires, aurait pu accueillir des portes en bois ou en pierre. Ces aménagements ne ressemblent à rien de connu à Madagascar ou en Afrique de l’Est, mais correspondent parfaitement aux pratiques funéraires perses.
Un site vaste et complexe
Les images satellites et récentes expéditions révèlent que Teniky s’étend sur près de trois hectares, avec terrasses de pierre, lieux rituels, et structures défensives. La Grande Grotte, ou Grotte des Portugais, présente un abri sous roche doté de niches et de murs en grès soigneusement construits. La Petite Grotte, à 150 mètres, abrite d’énormes piliers et bancs de pierre, suggérant une organisation sociale avancée et un usage collectif du site.
Une colonie isolée mais vivante
Bien que le sol soit peu propice à l’agriculture, les chercheurs estiment que le site a pu accueillir plusieurs centaines de personnes, vivant grâce aux ressources locales : poissons et anguilles dans la rivière Sahanafo, sangliers et lémuriens dans les forêts environnantes. La présence de murs et de terrasses indique un caractère protecteur et défensif, bien que la nature exacte des menaces reste inconnue.

Une hypothèse révolutionnaire confirmée par le carbone 14
La datation au carbone 14 de charbon retrouvé sur le site situe les premières constructions entre le 10ᵉ et le 12ᵉ siècle, soit avant l’arrivée des Portugais à Madagascar. Cette chronologie renforce l’hypothèse d’une colonie zoroastrienne, fuyant l’expansion de l’islam dans l’Empire perse.
Teniky, entre refuge et sanctuaire
Si Teniky intrigue encore par son isolement et l’absence de restes humains dans les niches, les chercheurs évoquent des collectes postérieures pour des rituels magiques. Le site reste un mystère : refuge spirituel, colonie religieuse ou sanctuaire stratégique ? Les expéditions prévues pour 2025 devraient lever une partie du voile sur ce village perse oublié de Madagascar.
La Rédaction
Sources et références :
•Schreurs, G., et al. (2024). Teniky: A Persian Zoroastrian Settlement in Madagascar? Azania: Archaeological Research in Africa.
•Anderson, N. (2024). Early Settlements in Madagascar: Funerary Practices and Cultural Links. University of Santa Clara.
•UNESCO World Heritage Centre. Madagascar – Archaeological Sites Overview.

