Après des décennies de présence sur le sol tchadien, la France a officiellement rétrocédé, jeudi 30 janvier, sa dernière base militaire à N’Djamena. Le camp Sergent Adji Kossei, autrefois pivot stratégique des opérations françaises au Sahel, passe désormais sous le contrôle exclusif de l’armée tchadienne. Cette transition marque la fin d’une ère et illustre le redéploiement progressif des forces françaises sur le continent africain.
Une rétrocession progressive, un départ inéluctable
L’annonce du retrait français par N’Djamena, en novembre dernier, avait laissé peu de place à la négociation. Le départ des avions de chasse français le 10 décembre a ouvert la voie à la restitution successive des bases de Faya, dans le nord-est, le 26 décembre, puis d’Abéché, à l’est, le 11 janvier. Les autorités tchadiennes avaient fixé la date du 31 janvier comme un ultimatum « impératif et irréversible » pour le départ définitif des forces françaises.
À Paris, le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l’état-major français, a confirmé que tout le matériel de combat avait été rapatrié en France. Seuls des conteneurs, encore sur place, seront évacués par voie terrestre et maritime via des prestataires privés.
Un tournant pour la présence militaire française en Afrique
Le Tchad était le dernier bastion de l’armée française au Sahel, après la fin de l’opération Barkhane en novembre 2022. À son apogée, cette mission mobilisait plus de 5 000 soldats pour lutter contre les groupes jihadistes. Mais la montée du sentiment anti-français et le rapprochement croissant de plusieurs États sahéliens avec Moscou ont précipité une vague d’expulsions des troupes françaises. Après le Mali, le Burkina Faso, la Centrafrique et le Niger, c’était au tour du Tchad de rompre les accords militaires avec Paris.
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a justifié cette décision en affirmant que les accords de coopération militaire avec la France étaient devenus « obsolètes » et inadaptés aux nouvelles réalités géopolitiques du continent.
D’autres pays africains suivent une trajectoire similaire. Le Sénégal prévoit le départ des troupes françaises d’ici fin 2025, tandis que la Côte d’Ivoire et le Gabon réduisent progressivement leurs effectifs militaires français. Seule la base de Djibouti, qui héberge 1 500 soldats français, reste épargnée par cette reconfiguration. Paris souhaite en faire un point de projection clé pour ses futures opérations en Afrique, dans un contexte de retrait forcé du Sahel.
Ce départ du Tchad s’inscrit ainsi dans une transformation profonde des relations entre la France et ses anciens partenaires militaires africains, témoignant d’un nouvel équilibre stratégique en construction sur le continent.
La Rédaction

