Plus d’une centaine de sites chimiques restent aujourd’hui vulnérables en Syrie, selon l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Alors que le conflit syrien s’est transformé en une guerre de positions diplomatiques et d’alliances complexes, cette révélation soulève un risque majeur : la possibilité que ces substances hautement toxiques soient récupérées par des groupes armés, voire utilisées à nouveau contre des civils.
Un arsenal fantôme laissé à l’abandon
L’OIAC, qui supervise la destruction des armes chimiques à l’échelle mondiale, tire la sonnette d’alarme. Malgré les déclarations officielles de Damas affirmant avoir détruit son stock chimique en 2014, les inspecteurs ont relevé de multiples incohérences dans les rapports syriens. Ces zones suspectes, qui abriteraient encore des composés interdits tels que le sarin ou le chlore militarisé, ne sont ni surveillées, ni accessibles aux experts. En d’autres termes, elles échappent à tout contrôle international.
Le spectre d’une nouvelle utilisation
Cette insécurité chimique n’est pas une abstraction géopolitique. Elle constitue un danger tangible dans un pays encore fracturé entre l’armée régulière, les milices prorégime, les forces kurdes, les cellules dormantes de l’État islamique et d’autres groupes armés. L’usage de gaz toxiques lors des attaques à Khan Cheikhoun (2017) et Douma (2018) a laissé des traces durables dans la mémoire collective syrienne. Les experts redoutent aujourd’hui un scénario similaire, si ces arsenaux venaient à être réactivés par des acteurs incontrôlables.
Un défi international négligé
Face à cette menace, la communauté internationale reste étrangement silencieuse. La guerre en Ukraine, les tensions autour de Taïwan ou la crise au Proche-Orient détournent l’attention des puissances. Pourtant, les conséquences d’une réutilisation de l’arme chimique en Syrie pourraient relancer une escalade régionale. L’OIAC appelle donc à une réactivation de la diplomatie multilatérale pour contraindre le régime syrien à une transparence totale et faciliter l’accès aux zones suspectes.
Ce n’est pas seulement la sécurité de la Syrie qui est en jeu, mais celle de toute une région marquée par l’instabilité et les rivalités transnationales. La chimie de la guerre ne s’efface pas avec le temps. Elle attend, en silence, une prochaine déflagration. Et tant que ces sites resteront dans l’ombre, le risque d’une tragédie reste entier.
La Redaction

