Au Kordofan du Nord, les départs de combattants et de commandants des Forces de soutien rapide se multiplient au moment où l’armée soudanaise reprend du terrain. L’arrivée à Omdourman de 45 paramilitaires avec leurs armes et leurs véhicules confirme l’existence de fractures internes. Mais dans une guerre devenue plus éclatée, plus technologique et toujours aussi meurtrière pour les civils, ces ralliements ne suffisent pas encore à sceller le sort des FSR.
Omdourman — L’image sert naturellement le récit militaire de Khartoum : des combattants des Forces de soutien rapide quittant leurs rangs pour rejoindre l’armée avec des véhicules, des munitions et des armes lourdes. Dimanche 2 août, un groupe de 45 paramilitaires, conduit par trois responsables originaires de Bara, dans le Kordofan du Nord, a atteint Omdourman avant d’être pris en charge par les forces régulières.
Les déserteurs ont invoqué des salaires impayés et des discriminations à caractère tribal. Leur départ intervient quelques jours après la reprise de Bara par l’armée et ses alliés, dans une région devenue l’un des principaux théâtres de la guerre.
Le Kordofan devient le point faible des paramilitaires
Depuis le début de l’année, plusieurs chefs militaires des FSR ont changé de camp. Parmi eux figurent Al-Nour Ahmed Adam, dit Al-Nour Al-Qubba, et Ali Rizkallah, également connu sous le nom de Savna. Leur ralliement a apporté à l’armée des hommes, des équipements et surtout une connaissance précise des réseaux, des itinéraires et des modes opératoires de leurs anciens compagnons.
Ces départs prennent une importance particulière dans le Kordofan du Nord. Cette région commande plusieurs axes entre le Darfour, le centre du pays et la vallée du Nil. Les avancées de l’armée autour de Bara et d’autres localités augmentent la pression sur les unités paramilitaires et peuvent accélérer les changements d’allégeance, notamment parmi les combattants recrutés localement.
L’armée exploite cette dynamique en promettant des garanties à ceux qui accepteraient de se rendre. Elle présente les défections comme la preuve d’un affaiblissement généralisé des FSR. Cette lecture sert toutefois aussi une stratégie psychologique : convaincre les indécis que le rapport de force est déjà en train de basculer.
Des fissures réelles, mais une force encore opérationnelle
Les tensions internes semblent bien réelles. Les griefs liés aux rémunérations, aux rivalités entre commandants et aux hiérarchies tribales peuvent éroder la cohésion d’une force construite autour d’alliances militaires, familiales et économiques complexes.
Mais une série de défections ne signifie pas nécessairement un effondrement imminent. Les FSR conservent des positions importantes au Darfour, disposent de réseaux d’approvisionnement extérieurs et continuent d’utiliser des drones, des mercenaires et des circuits logistiques transfrontaliers. Un projet de rapport d’experts des Nations unies a récemment documenté l’existence de vols ayant transporté des armes et des combattants au profit des paramilitaires.
L’histoire récente du conflit invite également à la prudence. Les deux camps ont déjà annoncé à plusieurs reprises la faiblesse définitive de l’adversaire avant de voir les lignes de front se déplacer à nouveau. La guerre soudanaise reste marquée par des coalitions mouvantes, des retournements d’allégeance et des gains territoriaux parfois difficiles à consolider.
L’armée recrute aussi des hommes au passé lourd
L’accueil réservé aux anciens chefs paramilitaires soulève une autre question : celle de leur responsabilité dans les exactions commises depuis le début de la guerre.
Certains ralliements ont suscité la colère de victimes et d’organisations civiles, qui redoutent que le changement de camp ne se transforme en protection contre d’éventuelles poursuites. L’armée gagne ainsi des compétences opérationnelles, mais risque en retour d’intégrer des hommes associés à des unités accusées de massacres, de pillages et de violences sexuelles.
Cette politique peut produire un avantage tactique immédiat tout en compliquant la reconstruction future de l’État et de la justice. Récompenser un commandant parce qu’il abandonne l’ennemi ne règle ni la question de son passé ni celle des victimes laissées derrière lui.
Les civils restent pris entre deux appareils de guerre
Au moment même où l’armée mettait en avant les divisions de son adversaire, une frappe de drone attribuée aux forces régulières a tué au moins 35 personnes dans un tribunal civil du Darfour du Nord, selon le collectif Emergency Lawyers. L’armée n’avait pas commenté cette accusation dans l’immédiat.
Cet épisode rappelle que l’évolution du rapport de force ne s’accompagne pas d’un recul de la violence contre les civils. Les drones sont devenus l’un des principaux instruments de la guerre et auraient causé une part majeure des morts civiles enregistrées au début de 2026.
Les défections au sein des FSR indiquent donc une fragilisation, particulièrement au Kordofan du Nord. Elles ne constituent pas encore une victoire stratégique décisive pour l’armée. Tant que les deux camps conserveront leurs soutiens, leurs moyens de frappe et leur capacité à recruter, la guerre pourra continuer à se recomposer sans réellement s’achever.
Le véritable basculement ne se mesurera pas seulement au nombre de commandants changeant d’uniforme. Il dépendra de la capacité d’un camp à contrôler durablement le territoire, à contenir ses propres alliés et à offrir une issue politique à une population que chaque avancée militaire continue d’exposer à de nouvelles violences.
La Rédaction
Source : informations communiquées par les autorités militaires soudanaises, complétées par Reuters, Associated Press, Sudan Tribune, Emergency Lawyers et les évaluations des Nations unies.

