Dans un pays frappé par une insécurité alimentaire aiguë et la persistance du conflit, le Groupe de la Banque africaine de développement et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont officialisé le lancement du projet BOOST. Cette initiative vise à renforcer les capacités de production agricole et à stabiliser les systèmes alimentaires dans plusieurs zones rurales stratégiques du Soudan.
Un partenariat stratégique au cœur de la crise soudanaise
Le lancement du projet BOOST intervient dans un contexte de fragilité extrême, où plus de 19 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère. Signé entre la Banque africaine de développement et le PAM, le programme ambitionne de soutenir les communautés agricoles, restaurer les chaînes de production et limiter les pertes post-récolte dans des zones fortement touchées par les chocs climatiques et les conflits.
Présenté lors d’une cérémonie organisée à Nairobi, le projet s’inscrit dans une logique de coopération internationale renforcée entre institutions financières et agences onusiennes, avec une priorité claire : éviter l’effondrement durable des systèmes alimentaires locaux.
Relancer la production dans des zones agricoles sous pression
Le projet cible en particulier les États de Sennar et du Nil Bleu, deux régions historiquement agricoles mais fragilisées par des années d’instabilité et de pratiques de subsistance peu productives. Les interventions porteront sur l’amélioration des techniques agricoles, l’accès aux intrants, la structuration des filières locales et le renforcement des capacités des producteurs.
Selon les autorités impliquées dans le programme, l’objectif est de transformer progressivement des économies rurales de survie en systèmes agricoles capables de répondre à la demande locale et nationale, malgré un environnement sécuritaire encore instable.
Une ambition de transformation structurelle de l’agriculture soudanaise
Les projections associées au projet BOOST sont particulièrement ambitieuses. Le dispositif devrait accompagner plus de 230 000 ménages agricoles et permettre la production de volumes significatifs de céréales et de légumineuses sur plusieurs cycles agricoles. L’enjeu est double : améliorer la sécurité alimentaire immédiate et réduire la dépendance à l’aide d’urgence.
Les partenaires du projet insistent sur la nécessité d’un basculement progressif vers des mécanismes de résilience, en s’appuyant sur des modèles éprouvés d’agriculture de relèvement déjà expérimentés dans le cadre d’initiatives précédentes menées au Soudan.
Entre urgence humanitaire et reconstruction économique
Au-delà de l’assistance technique, le projet illustre une évolution plus large de l’action humanitaire au Soudan : passer d’une logique de secours immédiat à une stratégie de reconstruction des capacités productives. Dans un pays où les infrastructures rurales ont été lourdement affectées, l’agriculture reste l’un des rares leviers de stabilité économique à moyen terme.
Les responsables du programme soulignent que la réussite de cette initiative dépendra autant de la continuité des financements que de la capacité des institutions locales à assurer la mise en œuvre dans des zones parfois difficiles d’accès.
Un test de résilience pour les institutions internationales
Le projet BOOST s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération entre la Banque africaine de développement et le PAM, qui ont déjà mobilisé plusieurs centaines de millions de dollars au Soudan depuis 2023. Cette montée en puissance des interventions traduit l’ampleur des besoins, mais aussi la complexité d’agir dans un environnement marqué par l’instabilité politique et militaire.
À travers cette initiative, les partenaires internationaux cherchent à démontrer qu’il est encore possible de maintenir une trajectoire de développement agricole, même dans un contexte de crise prolongée.
La Rédaction

