Un remaniement militaire sous tension dans l’État du Haut-Nil
Le président sud-soudanais Salva Kiir a démis de ses fonctions le chef d’état-major de l’armée, le général Paul Nang Majok, seulement sept mois après sa nomination. Ce limogeage intervient alors que l’État du Haut-Nil est en proie à une violente résurgence de l’instabilité, alimentée par des affrontements entre l’armée régulière et une milice locale.
Nommé en décembre 2024, Paul Nang Majok n’aura pas réussi à stabiliser la région nord-est du pays, où les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF) sont engagées depuis mars dans de violents combats contre la « White Army », une milice Nuer redoutée. Cette dernière est accusée par le pouvoir de recevoir un soutien tacite de partisans de l’ancien chef rebelle et actuel premier vice-président Riek Machar.
Un proche de Kiir à la manœuvre
Pour reprendre la main, Salva Kiir a désigné le général Dau Aturjong, un fidèle du régime, à la tête de l’état-major. Cette nomination est perçue par plusieurs observateurs comme un signal de recentrage de l’appareil sécuritaire autour des figures loyales au président. Dau Aturjong est réputé pour son pragmatisme et sa connaissance du terrain militaire, ce qui pourrait contribuer à ramener une certaine discipline dans les rangs de l’armée, actuellement fragmentée.
Riek Machar toujours sous résidence surveillée
La crise militaire actuelle est aussi politique. Depuis le 26 mars, Riek Machar est assigné à résidence à Juba, après avoir été accusé de soutenir indirectement la milice en rébellion. Toutes les tentatives de médiation régionales pour obtenir sa libération ont échoué jusqu’à présent. Cette détention prolongée menace les frêles équilibres de l’accord de paix signé en 2018, qui avait mis fin à cinq années d’une guerre civile dévastatrice.
Un avenir incertain pour l’accord de paix
Les appels à la désescalade se multiplient sur la scène internationale, notamment de la part de l’IGAD et de l’Union africaine. Le limogeage de Paul Nang Majok pourrait, à court terme, renforcer le contrôle de Salva Kiir sur l’appareil militaire, mais il suscite aussi des inquiétudes quant à la militarisation accrue de la crise politique.
Alors que le Soudan du Sud se dirige vers des élections prévues pour 2025, le pays reste suspendu entre l’espoir d’une paix durable et le spectre d’un retour à l’instabilité.
La Rédaction

