À moins d’un mois d’un vote décisif au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis viennent de poser un veto diplomatique inattendu au financement de la nouvelle mission de l’Union africaine en Somalie. Destinée à succéder à l’ATMIS, la mission de « stabilisation et de soutien » portée par l’Union africaine devait s’appuyer sur un modèle de financement conjoint inédit avec l’ONU. Mais pour Washington, la Somalie ne saurait être un terrain d’expérimentation.
Une mission fragilisée avant même son lancement
Prévue pour prendre le relais à partir de fin 2024, cette nouvelle force africaine devait bénéficier d’un mécanisme hybride, articulant financements onusiens et contributions bilatérales. Une approche que certains membres du Conseil de sécurité voyaient comme une avancée vers une plus grande autonomie africaine en matière de sécurité régionale. Mais la position américaine, exprimée par un porte-parole du Département d’État, vient d’enrayer cette dynamique. Pour les États-Unis, le contexte somalien, instable et encore miné par les offensives des insurgés shebabs, ne permettrait pas de tester un modèle encore non éprouvé.
Une remise en cause politique et stratégique
Cette opposition américaine ne relève pas uniquement d’une prudence budgétaire. Elle traduit également des doutes persistants sur la gouvernance financière de certaines missions africaines, et plus largement sur l’efficacité des dispositifs multilatéraux dans les zones de conflit prolongé. Or, sans financement clair, la mission risque d’être compromise avant même d’avoir été déployée. À Mogadiscio, les autorités somaliennes ont déjà exprimé leurs préoccupations, tout comme l’Union africaine qui plaidait pour une reconnaissance formelle et un soutien financier durable de cette nouvelle force.
Le Conseil de sécurité face à un dilemme
Le vote prévu le 15 mai au Conseil de sécurité s’annonce donc crucial. Les partisans du mécanisme conjoint espèrent encore rallier les hésitations, notamment européennes, pour contourner le refus américain ou en atténuer la portée. Mais la décision de Washington pourrait bien être un signal : celui d’un désengagement progressif, ou du moins d’une redéfinition des règles de soutien aux missions africaines. Si aucun accord n’est trouvé, c’est tout le dispositif de sécurité en Somalie qui pourrait s’effondrer, au risque de laisser le terrain libre aux insurgés islamistes et de plonger la région dans une instabilité durable.
La Rédaction

