À Sokodé, la RN1 n’est pas seulement une route. Elle fait entrer au cœur de la ville une partie du trafic qui relie le port de Lomé au nord du Togo et aux pays sahéliens. Camions de marchandises, véhicules interurbains, motos et déplacements quotidiens des habitants doivent ainsi partager le même espace. La voie de contournement en construction à l’ouest de la ville doit bientôt modifier cette géographie : Sokodé restera sur le corridor, mais une partie du corridor n’aura plus besoin de traverser Sokodé.
Longue de 16 kilomètres, la nouvelle route relie Tchalo, au sud, à Kidèoudè, au nord, deux points situés sur la RN1. Entre les deux, elle passe par Kpario et croise la RN17 en direction de Bassar. Le tracé permettra ainsi aux véhicules en transit de poursuivre leur trajet sans emprunter le centre-ville.
Le projet comprend une première section Tchalo-Kpario de 12,7 kilomètres, soutenue par la coopération japonaise, et une seconde de 3,3 kilomètres entre Kpario et Kidèoudè. Le ministère des Travaux publics évalue l’ensemble à environ 21,5 milliards de FCFA, dont 17 milliards apportés par la JICA et environ 4 milliards par le Togo.
Une ville traversée par sa fonction de corridor
L’intérêt de ces 16 kilomètres dépasse largement le gain de quelques minutes pour les automobilistes. Sokodé occupe une position particulière dans le réseau togolais : la RN1 y rencontre la RN17, tandis que l’axe nord-sud constitue l’ossature du corridor reliant Lomé à l’hinterland.
Cette situation est économiquement stratégique, mais elle produit aussi une contrainte urbaine. La JICA relevait déjà, lors de la signature de l’accord de financement en 2023, que l’augmentation du trafic à Sokodé contribuait aux encombrements et aux accidents impliquant notamment piétons et motocyclistes.
Le contournement repose donc sur une idée simple : séparer autant que possible deux circulations qui n’ont pas la même fonction. D’un côté, les habitants qui se déplacent dans la ville ; de l’autre, les véhicules dont Sokodé n’est qu’une étape sur un trajet beaucoup plus long.
Le bénéfice attendu n’est pas seulement une circulation plus fluide. Sortir une partie des poids lourds du centre peut réduire les conflits entre trafic de transit et mobilité locale, particulièrement aux carrefours et dans les secteurs où commerces, motos et piétons occupent quotidiennement la chaussée.
Contourner Sokodé sans l’écarter des échanges
Une voie de contournement porte néanmoins un paradoxe. Ce qui améliore la circulation peut également déplacer une partie de l’activité liée au passage des véhicules. Stations-service, restauration, petits commerces ou services routiers installés sur l’ancien itinéraire peuvent voir certains flux se déplacer vers les nouveaux carrefours.
La question sera donc de savoir comment Sokodé transformera cette nouvelle géographie à son avantage. Le trafic lourd peut quitter le centre sans que la ville perde sa fonction de carrefour. La connexion du contournement avec la RN17 à Kpario maintient justement son articulation entre l’axe Lomé-nord et la direction de Bassar.
Cette logique dépasse Sokodé. Le projet appartient à une transformation plus large du corridor togolais, dans laquelle la modernisation de la RN1 et des axes qui lui sont raccordés vise à rendre le transport de marchandises plus rapide et plus sûr. Dès 2023, le ministère des Travaux publics présentait le contournement comme un moyen d’améliorer la compétitivité de la liaison entre le port de Lomé et l’hinterland.
Après la route, un nouvel espace urbain
La mise en service ouvrira donc une seconde étape, moins spectaculaire que le chantier mais déterminante : observer ce que devient la ville lorsque le trafic de transit se déplace.
L’ancienne traversée de la RN1 ne disparaîtra évidemment pas. Elle continuera de porter une circulation locale importante. Le gouvernement a d’ailleurs attribué en février 2026 un marché d’entretien de 194,9 millions de FCFA pour les 16 kilomètres de la section urbaine entre Tchalo et Kidèoudè. Ce détail est révélateur : construire le contournement ne signifie pas abandonner l’axe historique, mais lui donner progressivement une autre fonction.
C’est peut-être là que se trouve la transformation la plus importante. Sokodé ne sera pas retirée du grand axe national ; elle devrait simplement cesser d’en supporter tout le trafic au cœur de son espace urbain. Les 16 kilomètres construits à l’ouest de la ville ne changent donc pas seulement l’itinéraire des camions. Ils peuvent aussi changer la manière dont Sokodé respire, circule et organise son centre.
La Rédaction

