Sous la façade urbaine, la persistance du prédateur
Anvers, rive gauche de l’Escaut. Linkeroever n’a rien d’un quartier maudit. Des immeubles récents, des rues calmes, une population qui croit encore au confort de la modernité. Pourtant, au milieu des années 1960, puis de nouveau dans les années 1980, un homme transforme cet espace ordinaire en terrain de chasse.
Son nom : Michel Bellen.
Un criminel qui ne frappe pas dans l’urgence mais dans la répétition, observant, approchant, puis serrant jusqu’à faire disparaître toute résistance. La Belgique découvre avec lui une figure encore rare à l’époque : le tueur sériel urbain, patient, enraciné dans un même territoire.
Mode opératoire et série de crimes
Bellen cible principalement de jeunes femmes, souvent isolées, croisées dans des zones résidentielles ou semi-boisées autour de Linkeroever. Il ne cherche pas la confrontation directe. Il suit, attend, se rapproche sous des prétextes anodins, puis attaque à courte distance.
Son arme est simple : ses mains.
Les agressions débutent par une tentative de domination sexuelle, puis basculent dans l’étranglement, geste lent, contrôlé, répété. Contrairement aux tueurs impulsifs, Bellen agit avec une logique de proximité : mêmes quartiers, mêmes horaires, même type de victime.
Entre 1964 et 1965, il assassine plusieurs femmes. Arrêté une première fois, il est incarcéré puis interné. Mais le plus troublant reste la suite : libéré sous conditions des années plus tard, il replonge.
En 1982, après sa remise en circulation, il récidive. La répétition du schéma montre que la violence n’était pas circonstancielle mais structurelle, ancrée dans son fonctionnement psychique.
Au total, quatre meurtres sont officiellement reconnus, auxquels s’ajoutent des agressions sexuelles graves. Son parcours illustre une constante criminologique : certains prédateurs ne se réadaptent pas, ils se suspendent temporairement.
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La traque et l’effondrement judiciaire
La police belge finit par relier les scènes de crime par leur géographie et leur signature gestuelle. Les témoignages, les descriptions physiques et les antécédents convergent vers un même nom : Michel Bellen.
Son arrestation repose autant sur l’enquête de terrain que sur son passé judiciaire. Cette fois, la justice ne parle plus de réinsertion mais de neutralisation définitive.
Condamné initialement à mort selon l’ancien droit belge, sa peine est ensuite commuée en réclusion à perpétuité, la Belgique abandonnant progressivement la peine capitale. Bellen est interné dans des établissements pénitentiaires et psychiatriques, considéré comme dangereux et inapte à une libération classique.
Il meurt en 2020, à l’âge de 74 ans, toujours sous contrôle de l’État. Sa trajectoire devient un exemple de l’échec partiel des politiques de réhabilitation face aux profils sériels lourds.
Contexte social et criminologique
L’affaire Bellen marque un tournant. Dans la Belgique des Trente Glorieuses, la criminalité est perçue comme marginale. Le tueur en série, enraciné dans un même territoire urbain, reste une figure importée des récits étrangers.
Linkeroever prouve l’inverse : la modernité ne protège pas contre la prédation répétée.
Sur le plan criminologique, Bellen incarne le prédateur de proximité, celui qui ne voyage pas, ne fantasme pas l’errance, mais exploite la routine quotidienne. Sa récidive après libération nourrit aussi un débat durable sur l’évaluation du danger, la psychiatrie pénale et les limites du modèle réhabilitatif.
Son cas est aujourd’hui étudié dans les formations policières belges comme un exemple de signature criminelle stable dans le temps, même après des années d’enfermement.
Michel Bellen n’a pas seulement étranglé ses victimes, il a étouffé une illusion : celle qu’un quartier calme suffit à empêcher le crime sériel. L’“étrangleur de Linkeroever” rappelle que certains prédateurs ne disparaissent pas, ils attendent, et que la sécurité repose autant sur la vigilance institutionnelle que sur la compréhension réelle des profils dangereux.
La Rédaction

