L’interdiction progressive de la vente d’alcool dans les établissements de Damas suscite des critiques, perçue par certains habitants comme un durcissement des libertés et un tournant conservateur du pouvoir en place.
À Damas, un nouveau décret adopté le 16 mars impose une restriction progressive de la vente d’alcool dans les bars, restaurants et cafés de la capitale syrienne. Les établissements concernés devront transformer leurs licences en autorisations limitées à la restauration sans alcool, dans un délai de quelques mois.
Officiellement, les autorités invoquent une réorganisation des activités commerciales et un encadrement plus strict des lieux publics. Mais sur le terrain, la mesure est surtout interprétée comme un signal politique fort dans un contexte de recomposition du pouvoir.
Une mesure aux implications sociales sensibles
Le texte impose également des contraintes géographiques strictes : les commerces vendant de l’alcool devront être situés à une certaine distance des écoles, des lieux de culte, des bâtiments administratifs et des commissariats. Dans plusieurs quartiers de Damas, déjà densément construits, ces règles apparaissent difficilement applicables.
Dans les quartiers à forte présence chrétienne comme Bab Touma ou Bab Charki, la décision est particulièrement mal accueillie. Pour de nombreux habitants, elle touche directement des espaces de sociabilité profondément ancrés dans la vie locale.
Une capitale partagée entre adaptation et résistance
Dans les cafés encore ouverts, l’inquiétude domine. Certains habitants estiment que la mesure ne sera pas pleinement appliquée, ou qu’elle entraînera un déplacement des pratiques vers des circuits informels.
Dans les conversations, l’idée d’un marché clandestin de l’alcool revient régulièrement, signe d’une possible recomposition souterraine des habitudes sociales. D’autres refusent d’y voir un changement durable et estiment que la vie nocturne finira par s’adapter.
Une lecture politique du décret
Au-delà de l’aspect réglementaire, plusieurs observateurs y voient un marqueur idéologique. Le durcissement de certaines normes sociales est interprété comme un alignement plus conservateur du pouvoir, dans une société syrienne déjà marquée par de fortes divisions politiques et religieuses.
La mesure relance ainsi le débat sur l’équilibre entre pratiques sociales, libertés individuelles et encadrement moral dans l’espace public.
Une société sous tension réglementaire
Dans un contexte déjà fragilisé par des années de crise, ce type de décision contribue à alimenter les inquiétudes d’une partie de la population urbaine. Entre adaptation forcée, contournements possibles et incertitudes sur l’application réelle du texte, la capitale syrienne entre dans une nouvelle phase de régulation sociale plus stricte.
La Rédaction

