Le Niger renforce son bras de fer avec les sociétés pétrolières chinoises. Une nouvelle salve de courriers envoyés par le ministre du Pétrole, Sahabi Oumarou, révèle une volonté assumée de reprendre la main sur un secteur stratégique. L’expulsion imminente des expatriés en poste depuis plus de quatre ans cristallise la méfiance croissante de Niamey à l’égard de son principal partenaire économique. Cette décision s’inscrit dans un contexte de souveraineté économique revendiquée et de tensions persistantes.
Origine des tensions
Au cœur de la discorde : le non-respect de la législation nigérienne. Dans une lettre officielle, Sahabi Oumarou dénonce le « mépris » des règles locales par les entreprises chinoises, notamment la China National Petroleum Corporation (CNPC). Celle-ci est sommée de résilier les contrats des expatriés présents depuis plus de quatre ans. La raffinerie de Zinder, gérée par la société Soraz (filiale chinoise), serait particulièrement affectée, avec plusieurs dizaines de postes en jeu.
Une gestion au cas par cas
Conscient des répercussions possibles sur la production pétrolière, le ministre nigérien se dit néanmoins prêt à examiner certaines situations individuellement. L’objectif semble clair : éviter le blocage tout en imposant une nouvelle ligne rouge sur la durée des missions étrangères, dans un secteur qui demeure vital pour l’économie nigérienne.
Un passif de tensions
Ces décisions ne surgissent pas dans le vide. En mars dernier, plusieurs hauts responsables chinois, dont ceux de la CNPC, de Soraz et de Wapco, avaient été expulsés du pays. Selon un expert du secteur, la crise reflète un déficit de confiance structurel : le Niger ne dispose ni des outils techniques ni des moyens humains pour surveiller efficacement les activités de ses partenaires étrangers.
La question fiscale et les contrats
Autre point de friction : les arriérés fiscaux. Le Niger accuse la CNPC de retards de paiement, en dépit d’une avance de 400 millions de dollars consentie par la société chinoise en 2024. Dans ce contexte, Niamey réclame aussi la révision des contrats existants et exige une plus forte représentation nationale au sein des entreprises étrangères opérant dans le pays.
Ce bras de fer entre Niamey et Pékin dépasse la simple question du personnel expatrié. Il incarne la volonté d’un État africain de reprendre le contrôle sur ses ressources naturelles et de corriger des déséquilibres hérités de partenariats inégaux. Pour le Niger, faire respecter ses règles est devenu un acte de souveraineté. Pour les entreprises chinoises, il faudra désormais composer avec un partenaire qui n’entend plus céder sur l’essentiel.
La Rédaction

