Quand le rail italien devient le théâtre d’un tueur méthodique
Entre 1997 et 1998, l’Italie a vécu l’une des chasses à l’homme les plus éprouvantes de son histoire contemporaine. Donato Bilancia, surnommé « Il Mostro dei Treni » (le Monstre des trains), a semé l’effroi du nord du pays en assassinant 17 personnes en moins d’un an, principalement dans les wagons nocturnes et les gares locales. Derrière l’image d’un joueur compulsif ruiné, les enquêteurs ont découvert un tueur méthodique, lucide et dépourvu de toute empathie, qui traquait ses victimes comme on cherche une victoire au casino.
Un criminel qui se cache derrière les vitrines lumineuses des casinos
Le parcours de Bilancia débute bien loin des rails : salarié discret, joueur instable, amateur d’argent facile, il enchaîne escroqueries et vols jusqu’à sombrer dans la paranoïa. Convaincu qu’il est trahi et manipulé, il décide de se « venger » du monde. Les casinos de Ligurie deviennent alors son lieu d’observation mais aussi son terrain de frustration : c’est là qu’il choisit ses victimes, hommes riches, convoyeurs d’argent et prostituées qu’il juge « complices d’un système injuste ».
Tuer froidement, fuir… et recommencer
Ses meurtres suivent un rituel calculé : armes silencieuses, absence de contact prolongé, choix d’endroits isolés, qu’il maîtrise parfaitement. La police italienne, fragmentée entre régions et incapable de relier les affaires, mettra près d’un an à comprendre qu’il s’agit d’un seul tueur. La peur s’installe dans les trains de nuit ; les voyageurs changent d’itinéraires, les gares se vident. L’État finit par concentrer ses forces, mais c’est une dénonciation indirecte d’une connaissance qui fera finalement tomber Bilancia.
Procès, aveux… et absence totale de remords
Arrêté en 1998, il avoue 17 homicides, sans émotion, sans justification psychologique autre que la haine d’un monde qui l’aurait humilié. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, il meurt en prison en 2020, emporté par la COVID-19.
Pourquoi Bilancia fascine encore ?
Le cas Bilancia continue de hanter l’opinion publique italienne, car il incarne un paradoxe :
•un tueur de masse sans idéologie,
•lucide mais imprévisible,
•criminel sans pulsion sexuelle ni mobile financier clair,
•meurtrier dont la violence se nourrit de frustrations ordinaires.
Un tueur banal dans sa vie, extraordinairement méthodique dans le crime — voilà ce qui continue d’inquiéter la société italienne.
La Rédaction
Sources / Références
•Archives La Repubblica, enquêtes 1998–2000
•Procès Bilancia, Cour d’assises de Gênes, rapport 2000
•Gazzetta di Genova, dossier spécial justice, 2018
•Nécrologie Bilancia, Il Messaggero, 2020

