La Sierra Leone mise sur ses petits exploitants et ses grands producteurs pour réduire sa dépendance aux importations et renforcer sa sécurité alimentaire, avec l’appui d’ONG et de programmes gouvernementaux tels que Feed Salone et MADAM.
Port Loko, le grenier du pays
À 85 km au nord de Freetown, capitale dynamique, Port Loko se distingue comme le « grenier » de la Sierra Leone. Selon Bambay Tisseh, secrétaire du district, cette région regroupe « les champions » de l’agriculture : maîtres exploitants aux vastes parcelles et petits agriculteurs travaillant des terres plus modestes.
Depuis la fin de la guerre civile en 2002, l’agriculture a dû renaître malgré la perte d’infrastructures, les crises sanitaires comme Ebola et la Covid-19, ainsi que les défis du changement climatique.
Les terres hautes et les vallées intérieures (IVS) offrent un potentiel considérable pour le riz, dont 60 à 70 % est consommé localement. Mais en 2022, le pays a encore importé 480 tonnes de riz, signe que l’autosuffisance reste un objectif à atteindre.
Feed Salone : l’initiative phare pour la sécurité alimentaire
Le programme Feed Salone, piloté par le ministère de l’Agriculture, achète directement aux producteurs pour approvisionner les écoles, les prisons et l’armée en riz local. Selon le Programme alimentaire mondial, la malnutrition touche 26 % des enfants de moins de cinq ans, et un cinquième de la population avait besoin d’aide alimentaire lors de la dernière saison de soudure.
Si certains agriculteurs comme Abdul Karim Kamara bénéficient du programme, d’autres restent exclus. Sur le terrain, des productrices comme Asiattu Forna, mère de cinq enfants, ne mangent qu’un repas par jour et peinent à financer leurs cultures, faute d’accès au crédit formel.
Des obstacles persistants pour les petits exploitants
En Sierra Leone, moins de 29 % des adultes disposent d’un compte bancaire. Les prêts passent souvent par des réseaux informels, remboursés en nature, parfois pour une valeur dix fois supérieure au montant emprunté.
Les routes dégradées limitent l’accès aux marchés, obligeant les producteurs à vendre à bas prix. Des projets du Fonds international de développement agricole (FIDA) pourraient améliorer cette situation, en attente de financement.
MADAM : diversifier les revenus et renforcer la résilience
Créée en 1991, l’ONG MADAM aide les communautés rurales à accroître leurs revenus et leur sécurité alimentaire grâce à la diversification des cultures, à la formation et à l’accès à de nouveaux outils.
À Mathula, dans le district de Makeni, les agriculteurs combinent riz, légumes et petits projets forestiers. La veuve Marie Koloko, formée à la conservation des semences, parvient ainsi à payer les frais de scolarité de ses cinq enfants et à investir dans sa production.
La loi foncière coutumière adoptée en 2022 permet désormais aux femmes d’hériter de terres, renforçant leur rôle économique.
Les femmes au cœur du développement agricole
Les autorités locales ciblent davantage les femmes, qui représentent 60 % des bénéficiaires de MADAM. Plus enclines à embaucher de la main-d’œuvre, elles dynamisent les économies locales.
James C. Tullah, producteur d’ananas et de palmier à huile, expérimente le culture associée et l’interculture pour maximiser les récoltes malgré les sécheresses.
Entre innovation et tradition
Outre les rizières, les projets incluent des bassins piscicoles et la culture de piments habanero (Scotch bonnet), très prisés en Sierra Leone. Ces piments, récoltables en une à deux semaines, offrent un fort potentiel de revenus pour la production de sauces locales.
« Par rapport à l’après-guerre et à la période Ebola, nous voyons des progrès. C’est lent, mais réel », souligne Lansana Conteh.
Malgré les défis persistants — pauvreté, sécheresse et infrastructures limitées — l’enthousiasme et la diversification des cultures témoignent d’un mouvement vers l’autosuffisance alimentaire.
La Rédaction

