Un tournant judiciaire majeur
La Cour suprême du Sénégal a tranché. Ce 1er juillet 2025, les chambres réunies ont rejeté la dernière tentative juridique d’Ousmane Sonko dans l’affaire de diffamation qui l’oppose à l’ancien ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang. Cette décision confirme, de manière définitive, la condamnation à six mois de prison avec sursis, assortie de 200 millions F CFA de dommages-intérêts. Surtout, elle rend l’inéligibilité de l’opposant irrévocable.
Un verdict attendu, mais lourd de symboles et de conséquences.
Une affaire qui cristallise le débat politique
Tout a commencé en 2023, lorsque Sonko, alors figure centrale de l’opposition et candidat déclaré à la présidentielle, accuse Mame Mbaye Niang de mauvaise gestion dans un programme public. Poursuivi pour diffamation, il est condamné une première fois le 30 mars 2023. L’appel du 8 mai alourdit sa peine, et la Cour suprême en janvier 2024 consolide l’inéligibilité.
L’arrêt du 1er juillet 2025 vient clore définitivement le dossier. Plus aucun recours n’est désormais possible.
Réactions contrastées
Du côté du pouvoir et de ses partisans, cette issue est perçue comme une victoire de l’État de droit : nul ne devrait pouvoir diffamer un responsable public sans conséquence.
Pour les soutiens de Sonko, au contraire, il s’agit d’une manœuvre politique visant à neutraliser un rival charismatique qui avait su mobiliser une jeunesse en quête de rupture.
Les avocats de Sonko ont tenté de relativiser la portée de l’audience, affirmant qu’elle était purement formelle. Pourtant, l’irrévocabilité du jugement scelle son sort politique : Sonko ne pourra plus se présenter à aucune élection, sauf grâce présidentielle – improbable à court terme.
Quel avenir pour le PASTEF ?
Le parti qu’il a fondé, PASTEF, avait été dissous en 2023 sous le régime précédent. Mais la victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle de 2024, et la levée du décret de dissolution, ont permis à PASTEF de retrouver son statut légal.
Reste à savoir s’il saura survivre politiquement à l’effacement de son fondateur. Car même si Diomaye Faye incarne une nouvelle génération, Sonko demeure la figure tutélaire du mouvement. Son inéligibilité constitue donc une fracture à la fois idéologique et stratégique.
Mise au point juridique sur son rôle de Premier ministre
Il est important de préciser que cette condamnation définitive pour diffamation n’impacte en rien ses fonctions actuelles de Premier ministre. En effet, le droit sénégalais distingue l’inéligibilité aux scrutins électoraux de la possibilité d’être nommé à un poste exécutif. Ainsi, Sonko reste pleinement en fonction, car aucune disposition légale n’exige sa démission en cas de condamnation pénale avec sursis. Il conserve donc toute sa légitimité pour diriger l’action gouvernementale, sous l’autorité du président de la République.
Une opinion divisée
Dans la rue et sur les réseaux sociaux, les réactions sont tranchées.
Chez les jeunes, soutien traditionnel de Sonko, on dénonce un acharnement judiciaire. D’autres voix, plus institutionnelles, estiment que la justice a protégé la dignité républicaine.
Cette polarisation traduit un malaise plus profond : la justice sénégalaise est-elle un contre-pouvoir impartial, ou un levier de régulation politique ? La réponse, encore une fois, dépend du camp auquel on appartient.
Une page se tourne
Avec cette décision, le Sénégal clôt un chapitre judiciaire à haute intensité. Mais la question demeure : le pays s’éloigne-t-il seulement d’un homme, ou d’une dynamique populaire plus large ?
Pour PASTEF, l’enjeu est désormais clair : survivre sans Sonko, ou disparaître avec son ombre.
La Rédaction

