Cet été, le Kenya a vécu des mois de bouleversements et de transformation politique. Ce mouvement, surnommé « la révolte de la Gen Z », a vu des milliers de jeunes mobiliser les réseaux sociaux pour descendre dans la rue contre une réforme fiscale controversée. La capitale, Nairobi, a vibré au rythme de ces protestations, et au cœur de cette vague, une voix s’est élevée : celle de Hanifa Safia Adan, alias Honey Farsafi.
Activiste et organisatrice de premier plan, Adan incarne une jeunesse déterminée. Mais sur les réseaux sociaux, elle joue la carte de l’humilité, qualifiant sa vie de « banale ». Une modestie qui contraste fortement avec son rôle de figure incontournable du militantisme pour la justice sociale au Kenya. Depuis des années, elle interpelle les élites, provoquant même la colère de figures influentes, comme le gouverneur de Nairobi.
Une militante née du terrain et du numérique
« Avant de me lancer sur Internet, je militais sur le terrain, » raconte Adan. « Mais les choses n’avançaient pas. Par frustration, j’ai publié un post sur l’accumulation des déchets à Nairobi. Un problème qui durait depuis trente ans a été réglé en deux mois. » Ce déclic a marqué le début d’une nouvelle stratégie pour la jeune militante.
Cette fois, elle a utilisé les réseaux sociaux pour mobiliser des milliers de manifestants contre les violences policières. Grâce à son réseau en ligne, elle a récolté près de 230 000 dollars pour venir en aide aux blessés et soutenir les familles endeuillées. Une telle réussite, selon elle, repose sur la transparence : « La confiance que j’ai bâtie en ligne a tout rendu possible. J’ai rendu compte publiquement de l’utilisation des fonds et j’ai accepté un audit. »
La rançon du succès
Mais ce militantisme a un prix. Hanifa fait face à une campagne de haine marquée par la misogynie et le racisme. « On m’attaque parce que je suis une femme qui s’exprime, parce que je suis musulmane, et à cause de mes origines somaliennes, » confie-t-elle. Elle dénonce une société qui tente systématiquement de « réduire les femmes au silence ».
Son influence croissante a poussé certains à la considérer comme une opposante politique majeure, un rôle qu’elle rejette fermement. « Je n’ai aucune ambition pour un poste politique, » affirme-t-elle, refusant d’être enfermée dans ce cadre.
Une génération qui veut un pays juste
Ce rejet du pouvoir politique incarne parfaitement l’esprit du mouvement Gen Z. Ces jeunes militants ne se battent pas pour des sièges ou des privilèges, mais pour une vision : celle d’un Kenya où chacun trouve sa place et ses droits. « Nous voulons simplement un pays qui fonctionne pour tous, » résume Hanifa.
Face à un système souvent sourd aux revendications, cette génération porte l’espoir d’un avenir différent. Audacieuse, elle refuse de se taire et ne réclame rien de moins qu’une transformation réelle et durable.
La Rédaction

