Crise entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, un duel au sommet au Sénégal
Le vernis de l’unité a craqué
À Dakar, le 10 juillet 2025, les mots d’Ousmane Sonko ont claqué comme une gifle publique au sommet de l’État. Le Premier ministre sénégalais, figure de proue du parti PASTEF et artisan majeur de l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, a choisi une tribune officielle pour lancer une attaque frontale. Devant les militants réunis pour l’installation du Conseil national de son parti, Sonko a dénoncé « des sabotages » internes, un « désengagement » du président, et un complot à peine voilé pour l’évincer de la primature.
En politique, les alliances n’ont de valeur que tant qu’elles servent les ambitions réciproques. Ce jeudi-là, Ousmane Sonko a estimé que la sienne était trahie.
Un pacte rompu ?
Dans un discours incendiaire, le chef du gouvernement est revenu sur l’accord passé avec Diomaye Faye, conclu avant l’élection présidentielle. Il affirme que le pacte fondateur du tandem a été ignoré. « Ce que nous avons convenu dans le secret des réunions, certains veulent aujourd’hui le renier publiquement », a-t-il lâché, pointant une ligne de fracture idéologique et stratégique au sommet de l’exécutif.
Le Premier ministre s’est défendu de toute velléité putschiste mais a déclaré qu’il ne démissionnerait pas, sauf si le président lui ordonnait expressément de quitter son poste. Et de conclure : « S’il le faut, je retournerai à l’Assemblée nationale. Mais je ne serai pas complice de ceux qui veulent museler la vérité. »
Entre loyauté et ambition
Le tandem Diomaye–Sonko, présenté il y a encore quelques mois comme l’illustration d’un renouveau démocratique, vacille. Entre l’ancien prisonnier politique devenu chef de l’État et le tribun charismatique qui l’a désigné candidat, la confiance semble s’éroder.
Depuis son accession au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye tente de marquer sa propre empreinte présidentielle, loin de l’ombre tutélaire de Sonko. Mais ce dernier, souvent plus populaire et plus direct dans ses prises de parole, entend rester maître de l’agenda politique. Et c’est là que le bât blesse.
Une bataille pour l’autorité
Le discours de Sonko s’inscrit dans une série de gestes de défi vis-à-vis des institutions. Il y a une semaine déjà, il avait critiqué vertement la Cour suprême après une décision défavorable dans l’une de ses affaires personnelles. Cette fois, il franchit un seuil en s’adressant indirectement au chef de l’État.
Le message est limpide : si Bassirou Diomaye Faye veut le voir partir, il devra assumer cette décision publiquement – et en payer le prix politique. Sonko ne se cache plus. Il réclame du respect, de la loyauté et un retour aux accords initiaux, sinon il menace de reconfigurer le rapport de forces au sein même du pouvoir.
Le risque d’une rupture
Dans les rues de Dakar comme sur les réseaux sociaux, les Sénégalais oscillent entre incompréhension et inquiétude. L’unité affichée lors de la victoire électorale du printemps 2024 se lézarde, et l’opinion publique redoute que cette crise ne débouche sur une paralysie gouvernementale, voire une explosion du parti présidentiel.
Si le président Faye choisit de limoger Sonko, il s’expose à une tempête dans son propre camp. S’il garde le silence, il alimente les soupçons de faiblesse. À court terme, les deux hommes devront trancher : la cohabitation conflictuelle ou la rupture assumée.
La scène politique sénégalaise, qui semblait stabilisée après la parenthèse Macky Sall, entre dans une zone de turbulences. Derrière les sourires de façade, la guerre d’influence est désormais déclarée. Ousmane Sonko, figure rebelle devenue Premier ministre, ne veut pas d’un poste décoratif. Et Bassirou Diomaye Faye, jeune président en quête de stature, ne peut se permettre d’être perçu comme l’otage de son mentor.
La question n’est plus seulement qui gouverne, mais surtout : jusqu’où ira cette confrontation ?
La Rédaction

