Sous contrôle rebelle depuis 2022, le poste frontalier de Bunagana a été rouvert par l’Ouganda le 10 juillet sans concertation avec la RDC. Kinshasa réclame des explications, pendant que Kampala temporise.
La frontière de Bunagana, point névralgique entre le district ougandais de Kisoro et le territoire congolais de Rutshuru (Nord-Kivu), cristallise une nouvelle tension entre Kinshasa et Kampala. Le 10 juillet 2025, des sources locales ont observé la réouverture de ce poste frontalier, fermé depuis janvier sur décision des autorités congolaises, dans une zone pourtant toujours contrôlée par les rebelles du M23.
La décision émane, selon plusieurs sources ougandaises, d’un ordre direct du président Yoweri Museveni et de son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major des Forces de défense ougandaises (UPDF). Objectif affiché : relancer le commerce transfrontalier dans une région économiquement asphyxiée. Pourtant, ni la RDC ni les instances diplomatiques locales n’ont été consultées.
Une ouverture… mais sans reconnaissance officielle ?
Malgré cette initiative côté ougandais, le consul d’Ouganda au Nord-Kivu, Joseph Isingoma Kusemererwa, a déclaré le 12 juillet à Beni ne pas être informé d’une décision formelle de Kampala. Il a précisé qu’« aucune communication officielle n’a encore été faite » et que « seules les autorités établies à Kinshasa et à Beni sont reconnues comme légitimes » par son gouvernement.
Un double langage qui nourrit l’embarras diplomatique. Kinshasa, de son côté, a chargé la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba d’obtenir des clarifications urgentes, dénonçant une démarche unilatérale dans un contexte hautement sensible.
Une manne pour le M23 ?
Depuis la prise de Bunagana en juin 2022, les rebelles du M23 ont mis en place un système parallèle de taxation sur les personnes, le bétail et les terres agricoles. D’après un rapport des Nations Unies de décembre 2022, ces taxes pouvaient générer jusqu’à 27 000 dollars par mois rien qu’au poste de Bunagana. Pour les autorités congolaises, une reprise du commerce transfrontalier dans ces conditions renforcerait financièrement un groupe armé toujours actif et en violation du droit international.
Cette perspective inquiète d’autant plus que les échanges, bien qu’encadrés côté ougandais, pourraient échapper au contrôle fiscal congolais, sapant ainsi l’autorité de l’État sur son propre territoire.
Vers une escalade diplomatique ?
Alors que le climat sécuritaire reste fragile dans l’Est congolais, cette ouverture partielle et non concertée pourrait aggraver les tensions bilatérales. En juin 2022 déjà, le gouverneur militaire Constant Ndima avait interdit tout commerce via Bunagana, qualifiant tout échange de « collaboration avec l’ennemi ». Cette position reste inchangée à Kinshasa.
Pour l’heure, l’Ouganda joue la carte de la prudence diplomatique tandis que les faits sur le terrain montrent une volonté claire de relancer les flux commerciaux. Reste à savoir si cette réouverture unilatérale marquera un tournant stratégique ou une nouvelle fissure dans la coopération entre les deux voisins.
La Rédaction

