Lorsque les spécialistes sont peu nombreux et concentrés loin des populations, attendre que le patient atteigne le service de santé peut devenir une limite du système lui-même. À Mango, une consultation foraine organisée récemment remet ainsi en lumière un enjeu plus large au Togo : rapprocher les soins de santé mentale des territoires où l’offre spécialisée reste difficilement accessible.
L’opération conduite par la Société togolaise de santé mentale (SOTOSAM), en collaboration avec l’Université de Lomé et avec différents appuis institutionnels, a permis à des patients d’être examinés gratuitement. Dépistage des troubles, consultations, prescriptions et remise de médicaments ont été assurés par une équipe comprenant psychiatres, psychologues et cliniciens.
Mais derrière cette intervention ponctuelle apparaît une difficulté structurelle. Le Pr Salifou Saliou, président de la SOTOSAM et médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Zébé, souligne lui-même l’insuffisance du nombre de praticiens spécialisés. Dans ces conditions, les campagnes mobiles permettent d’amener temporairement une compétence médicale là où elle est peu disponible.
La distance, un obstacle supplémentaire au traitement
Pour les populations rurales, l’accès à la santé mentale ne dépend pas uniquement de l’existence d’un traitement. Il suppose aussi de pouvoir atteindre un professionnel, obtenir un diagnostic et, lorsque cela est nécessaire, bénéficier d’un suivi dans la durée.
Une consultation foraine peut donc constituer une première porte d’entrée. Elle ne règle cependant pas entièrement la question de la continuité des soins : certains troubles nécessitent des consultations régulières, un ajustement des traitements et un accompagnement du patient comme de son entourage.
Soigner, mais aussi combattre la stigmatisation
À l’éloignement des structures spécialisées s’ajoute un autre obstacle : le regard porté sur les troubles mentaux. La campagne de Mango comportait ainsi un volet de sensibilisation destiné à mieux faire connaître ces pathologies et à réduire la stigmatisation dont peuvent souffrir les personnes concernées.
C’est précisément ce double défi qui donne à l’expérience de Mango une portée plus large. Rapprocher la santé mentale des populations signifie à la fois réduire la distance jusqu’au soignant et celle qui, par méconnaissance ou stigmatisation, peut encore éloigner le malade du système de soins.
À terme, l’enjeu sera donc de dépasser la seule multiplication des opérations ponctuelles pour construire des relais capables d’assurer une prise en charge plus accessible et continue. Dans les territoires où les spécialistes restent rares, le soin doit aller vers le patient, mais il doit aussi pouvoir rester à ses côtés.
La Rédaction

