Météo, disponibilité des engrais et des semences, localisation des points de vente, prix sur les marchés, assurance agricole ou financement : le Togo cherche à réunir des informations longtemps dispersées autour d’un même outil. Avec l’extension du Système d’information hydro-agrométéorologique (SIHAM) et des Digikiosques dans les cinq régions, l’enjeu dépasse la prévision du temps. Il s’agit de donner au producteur davantage de visibilité avant de semer, d’investir ou de vendre.
En agriculture, une mauvaise information peut coûter une campagne. Semer quelques jours trop tôt, acheter un intrant sans savoir où il est disponible ou vendre sans connaître les prix pratiqués ailleurs sont autant de décisions susceptibles d’affecter le revenu d’une exploitation.
Le changement climatique accentue cette vulnérabilité. Des saisons moins prévisibles rendent l’expérience accumulée par les producteurs toujours indispensable, mais parfois insuffisante pour anticiper le démarrage des pluies, les séquences sèches ou d’autres risques susceptibles d’affecter les cultures.
Le SIHAM veut précisément réduire cette part d’incertitude. Initialement centré sur la diffusion d’informations hydro-agrométéorologiques, le dispositif entre désormais dans une phase plus large : transformer la donnée en service directement utilisable par les exploitants.
De la météo à l’aide à la décision
L’évolution est importante. Le producteur ne recevra plus uniquement des indications sur les conditions météorologiques. Le système doit également intégrer des renseignements sur la disponibilité des engrais et des semences, la position géographique des magasins, les prix agricoles sur les marchés, ainsi que des services liés à l’assurance et au financement.
Cette combinaison donne au dispositif une autre dimension. Une prévision de pluie prend davantage de valeur lorsqu’elle peut être rapprochée de la disponibilité d’une semence ou d’un conseil agronomique. Une information sur les prix peut, elle, aider à arbitrer le moment ou le lieu de commercialisation.
Le SIHAM se rapproche ainsi d’un tableau de bord du producteur, où plusieurs données nécessaires à la conduite d’une exploitation peuvent être mobilisées avant la prise de décision.
Les Digikiosques pour franchir le dernier kilomètre
Reste une difficulté majeure : disposer d’une plateforme nationale ne signifie pas que l’information atteindra automatiquement celui qui travaille dans son champ.
C’est le rôle attribué aux Digikiosques déployés dans les cinq régions économiques du pays. Ces points de proximité doivent servir de relais entre les services numériques et les communautés agricoles, notamment pour les producteurs dont l’accès aux outils digitaux, à Internet ou à l’information spécialisée demeure limité.
Le dispositif prévoit également du e-conseil et un système d’information sur les marchés. Sa valeur dépendra donc autant de la qualité des données produites que de leur capacité à arriver au bon endroit, au bon moment et sous une forme compréhensible.
Après son développement dans le cadre du projet SIHAM-FSRP 2, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par le Centre international pour le développement des engrais (IFDC), le système a été transféré le 15 septembre à la Coordination togolaise des organisations paysannes et de producteurs agricoles (CTOP). Celle-ci en assurera désormais la gestion nationale et la coordination avec les responsables régionaux des Digikiosques.
Le véritable test commence après le transfert
Ce passage sous gestion de la CTOP ouvre une phase plus délicate que l’installation technique : celle de la durée. Les informations devront rester actualisées, fiables et suffisamment localisées pour influencer réellement les décisions agricoles.
C’est là que se mesurera l’utilité du SIHAM. Le nombre de données disponibles ou de kiosques installés comptera moins que la capacité du système à éviter une mauvaise décision, améliorer l’accès aux intrants, anticiper un risque climatique ou renforcer la position d’un producteur au moment de vendre.
Pour l’agriculture togolaise, l’innovation ne réside donc pas seulement dans la numérisation de l’information. Elle tient à la possibilité de réduire l’incertitude qui accompagne chaque campagne. Entre regarder le ciel et décider quand semer, le producteur pourrait désormais disposer d’un outil supplémentaire : la donnée.
La Rédaction
Source : Agridigitale

