Le front jihadiste ne se limite plus aux plaines poussiéreuses du Sahel central. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne liée à Al-Qaïda, projette désormais son influence vers les États côtiers d’Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas encore une conquête. C’est une progression méthodique.
Selon une analyse récente de l’International Crisis Group, l’organisation teste les marges sud de son espace opérationnel sans brûler les étapes. Elle infiltre, observe, s’implante discrètement — mais durablement.
Du contrôle rural à la projection régionale
Depuis sa formation en 2017, le JNIM s’est imposé comme l’acteur armé dominant au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Son modèle repose sur l’enracinement local : exploitation des conflits communautaires, taxation des économies rurales, intimidation ciblée des autorités.
Aujourd’hui, le mouvement cherche à élargir sa profondeur stratégique. Le nord du Bénin et du Togofigurent parmi les zones sous pression. L’organisation n’y administre pas encore de territoire, mais elle y développe des réseaux logistiques et mène des opérations ponctuelles.
L’objectif n’est pas la visibilité immédiate. C’est la préparation.
Une expansion à double tranchant
Étendre le théâtre d’opérations offre des avantages : nouveaux recrutements, diversification des ressources, création de zones de repli, réduction de la pression militaire sur les bastions sahéliens.
Mais cette projection comporte un risque interne. Déplacer des combattants vers le sud fragilise la défense des positions historiques. Multiplier les fronts peut créer des tensions entre commandement central et structures locales, ces dernières voyant dans l’expansion un moyen d’accroître leur influence.
Jusqu’ici, le JNIM a maintenu sa cohésion. Rien ne garantit que cet équilibre tiendra si la dispersion s’accélère.
Des soupçons de soutiens au-delà du Sahel
Dans les cercles sécuritaires occidentaux et régionaux, certains responsables évoquent des appuis extérieurs transitant par des zones situées au nord du Sahel, notamment depuis l’Algérie. Les allégations portent sur des facilités de circulation, de financement ou d’approvisionnement.
Aucune preuve publique n’a été présentée. Les autorités algériennes, sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune et le commandement du général Saïd Chengriha, rejettent toute implication.
Ces soupçons, même non étayés publiquement, alimentent néanmoins la méfiance stratégique dans une région déjà fracturée par les rivalités politiques.
Une menace chiffrée, une pression croissante
Les données compilées par l’organisation spécialisée ACLED, citées dans le rapport, attribuent au JNIM plus de 16 000 incidents violents depuis 2017, causant près de 40 000 morts en Afrique de l’Ouest.
Ces chiffres traduisent une réalité : malgré les transitions militaires, les ruptures d’alliances internationales et les reconfigurations sécuritaires, le groupe conserve une capacité opérationnelle soutenue.
Les États côtiers face au dilemme
Pour les pays du golfe de Guinée, la menace n’est plus théorique. Elle est progressive. Insidieuse.
L’International Crisis Group recommande de privilégier le renseignement humain, la coopération avec les communautés locales et la prévention des fractures sociales susceptibles d’être exploitées par les jihadistes.
Car le JNIM n’avance pas seulement avec des armes. Il avance là où l’État recule.
La Rédaction

