À l’approche des élections législatives de septembre, l’ONU demande aux autorités russes de revenir sur l’éviction de Iabloko, l’un des plus anciens partis du pays et la principale formation enregistrée à défendre publiquement une position anti-guerre.
À quelques semaines du renouvellement de la Douma, le paysage électoral russe vient de perdre l’une de ses rares voix ouvertement opposées à la poursuite de la guerre en Ukraine. La Cour suprême a annulé l’enregistrement de la liste fédérale de Iabloko, empêchant le parti libéral de participer sous cette forme aux législatives prévues du 18 au 20 septembre.
La décision a désormais franchi les frontières russes. Mercredi 12 août, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’est dit « profondément préoccupé » par l’exclusion du parti et a appelé Moscou à lever cette interdiction. Pour l’ONU, la participation politique et la possibilité pour les électeurs de disposer d’un véritable choix constituent des éléments essentiels d’un scrutin crédible.
Une voix minoritaire, mais singulière
Iabloko n’est plus la force politique qu’il fut dans la Russie des années 1990. Lors des législatives de 2021, le parti n’avait recueilli qu’environ 1,3 % des suffrages et n’avait obtenu aucun siège à la Douma.
Son importance dans le scrutin de 2026 résidait ailleurs. Sous la direction de Nikolaï Rybakov, la formation entendait faire campagne autour d’un appel au cessez-le-feu et offrir une possibilité de vote aux Russes opposés à la guerre. Dans un système politique largement dominé par Russie unie et des formations soutenant la politique du Kremlin, cette position lui conférait une place particulière.
La procédure ayant conduit à son exclusion a été engagée à la suite d’une plainte du parti nationaliste Rodina. Iabloko rejette les accusations formulées contre lui et considère la décision comme politique et contraire à la Constitution. Son président a annoncé son intention de faire appel.
Un espace politique de plus en plus étroit
L’affaire intervient dans un environnement profondément transformé depuis le début de la guerre en Ukraine. Les autorités russes ont multiplié les restrictions visant les opposants, les militants et les médias critiques. Plusieurs personnalités politiques ont été emprisonnées, contraintes à l’exil ou classées comme « agents de l’étranger ».
Dans ce contexte, l’éviction de Iabloko possède une portée qui dépasse ses chances électorales. Elle réduit davantage la possibilité d’exprimer, à l’intérieur même du système institutionnel russe, une opposition à la guerre.
La formation ne menaçait pas la domination parlementaire du pouvoir. Mais elle représentait encore un espace légal permettant de transformer une position anti-guerre en choix électoral. C’est précisément la disparition de cette possibilité qui donne à la décision de la Cour suprême sa dimension politique.
À quelques semaines du scrutin, l’intervention de l’ONU place donc Moscou face à une question plus large que le seul sort de Iabloko : quelle place reste-t-il, dans les urnes russes, pour une opposition publique à la guerre ?
La Rédaction
Sources : Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ;

