Alors que les dirigeants du Commonwealth se rassemblent pour la réunion biennale des chefs de gouvernement (CHOGM) les 25 et 26 octobre à Apia, aux Samoa, le débat sur la légitimité et l’influence de cette organisation s’intensifie. La 27e édition de cette rencontre vise à explorer comment les pays du Commonwealth peuvent collaborer pour « renforcer la résilience, stimuler le commerce, encourager l’innovation, et autonomiser » les 1,5 milliard de jeunes membres de l’organisation pour un avenir plus pacifique et durable.
Le Commonwealth regroupe 56 pays, dont 21 en Afrique, avec une population combinée de 2,7 milliards d’habitants, dont plus de 60 % ont moins de 29 ans. L’organisation, par l’intermédiaire de son secrétariat, soutient ses membres dans la construction d’institutions démocratiques, le renforcement de la gouvernance et la promotion des droits de l’homme.
Le Gabon et le Togo, qui ont rejoint le Commonwealth en 2022, illustrent cette évolution. Leur adhésion démontre un intérêt croissant pour la diversification des relations internationales et un désir d’explorer de nouvelles opportunités économiques au-delà des liens traditionnels avec la France.
Un héritage colonial persistant
Malgré cette ouverture, le Commonwealth est souvent perçu comme un vestige de l’empire colonial britannique. Alex Vines, responsable du programme Afrique à Chatham House, souligne que l’organisation continue de servir principalement les intérêts britanniques, même si elle se diversifie. La question de son rôle et de sa pertinence demeure centrale, avec des critiques pointant du doigt son héritage colonial.
Le rapport 2024 sur le commerce du Commonwealth, présenté en amont de la réunion, indique que le PIB combiné des membres a atteint 14 000 milliards de dollars en 2022, avec des prévisions de 20 000 milliards d’ici 2029. Cependant, ce rapport met également en lumière la manière dont le Commonwealth évoque souvent des souvenirs douloureux liés au colonialisme.
Madi Jobarteh, militant gambien, affirme que, malgré les réformes entreprises, le Commonwealth reste profondément ancré dans la dynamique de l’establishment britannique, avec un pouvoir tacite du Royaume-Uni sur ses anciens territoires colonisés. Selon lui, les pays membres continuent de ressentir une forme de subordination, malgré leurs aspirations à une plus grande autonomie.
Unité autour de valeurs partagées
L’un des défis du Commonwealth est de définir et d’appliquer des valeurs communes telles que la démocratie, les droits humains et la bonne gouvernance. Ovigwe Eguegu, analyste politique chez Development Reimagined, souligne que les valeurs du Commonwealth sont souvent sujettes à des interprétations variées selon les contextes politiques et sociaux des États membres. Le Royaume-Uni, malgré ses efforts de financement pour promouvoir ces valeurs, est souvent critiqué pour ses contradictions dans sa politique étrangère, qui ne reflète pas toujours les idéaux du Commonwealth.
Malgré ces critiques, le Commonwealth continue de séduire certains de ses membres, notamment les petits États insulaires, qui voient en lui un moyen de renforcer leur position sur la scène internationale. Patricia Scotland, la secrétaire générale sortante, affirme que la diversité des membres et le souhait d’adhérer à l’organisation témoignent de sa pertinence.
Des défis à relever
Aux Samoa, un nouveau secrétaire général sera élu parmi trois candidats africains : Mamadou Tangara de Gambie, Shirley Ayorkor Botchwey du Ghana et Joshua Phoho Setipa du Lesotho. Le futur leader devra s’attaquer à des enjeux cruciaux, notamment la question des réparations pour l’esclavage. Ce sujet a été au cœur des débats récents, certains appelant le Royaume-Uni à reconnaître sa responsabilité historique.
Le Commonwealth se trouve à un tournant. Alors que des pays francophones comme le Gabon et le Togo cherchent à diversifier leurs relations internationales et à s’éloigner de la tutelle française, l’organisation doit s’adapter à cette nouvelle réalité. L’adhésion de ces pays met en lumière une volonté de construire des partenariats basés sur des valeurs communes, tout en naviguant dans les complexités de son héritage colonial.
En somme, le Commonwealth, tout en confrontant son passé, aspire à une transformation qui pourrait en faire une organisation plus inclusive et dynamique, prête à répondre aux défis contemporains de ses membres.
La Rédaction

