Présenté comme l’un des piliers de la protection des forêts tropicales, le mécanisme REDD+ est censé transformer la conservation en levier économique mondial. Mais derrière ses ambitions affichées, plusieurs travaux scientifiques pointent des limites méthodologiques susceptibles de fragiliser la lecture de ses résultats.
La déforestation, un moteur majeur du dérèglement climatique
La disparition des forêts constitue l’un des principaux facteurs d’émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Les estimations issues du budget carbone global indiquent que les changements d’usage des terres représenteraient environ 10 à 15 % des émissions de CO₂.
Au-delà du climat, la déforestation entraîne une réduction des puits de carbone naturels, ces écosystèmes capables de capter et stocker durablement le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Les forêts tropicales jouent à ce titre un rôle central dans l’équilibre climatique mondial.
REDD+ : un mécanisme fondé sur l’incitation financière
Créé dans le cadre des négociations climatiques internationales puis intégré à l’Accord de Paris en 2015, le dispositif REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts) repose sur un principe simple : rémunérer les pays en développement qui parviennent à réduire la destruction de leurs forêts.
Les efforts de réduction sont convertis en crédits carbone, susceptibles d’être valorisés sur des marchés internationaux. Ces crédits peuvent ensuite être utilisés par des États ou des entreprises pour compenser une partie de leurs propres émissions.
L’objectif affiché est de rendre la préservation forestière économiquement plus attractive que l’exploitation des terres.
Une extension à grande échelle avec le REDD+ juridictionnel
Une évolution du dispositif a conduit à l’émergence du REDD+ dit “juridictionnel”, qui ne s’applique plus à des projets isolés mais à des territoires entiers, voire à des États.
Ce modèle fait aujourd’hui l’objet de nombreuses analyses académiques, notamment au sein de l’université de Yale aux États-Unis. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans la revue PNAS.
Des performances difficiles à mesurer avec précision
Les chercheurs soulignent que l’évaluation de l’efficacité du REDD+ repose sur des méthodes complexes, notamment la définition de niveaux de référence de déforestation.
Selon leurs analyses, certains dispositifs pourraient conduire à attribuer des réductions d’émissions à des politiques publiques alors que ces évolutions auraient pu se produire indépendamment du programme.
Dans ce cas, les crédits carbone générés ne refléteraient pas entièrement des gains additionnels réels, ce qui interroge la robustesse des résultats affichés.
Un risque de biais dans la comparaison des pays
Les travaux évoquent également un effet de sélection. Les pays déjà engagés dans une dynamique de baisse de la déforestation seraient davantage susceptibles d’obtenir des résultats valorisables, tandis que ceux confrontés à des pressions structurelles fortes apparaîtraient moins performants.
Cette situation pourrait introduire une forme de déséquilibre dans l’allocation des financements liés aux crédits carbone.
Vers un renforcement des outils de contrôle
Face à ces limites, les chercheurs appellent à une amélioration des mécanismes de suivi. Ils recommandent notamment un encadrement plus strict des méthodes de calcul et un renforcement des dispositifs de vérification des données forestières.
L’enjeu est de garantir que les crédits carbone reflètent des réductions réellement mesurables et directement attribuables aux politiques mises en œuvre.
Un outil stratégique encore en phase de consolidation
Le REDD+ demeure un instrument central des politiques climatiques internationales. Toutefois, son efficacité dépend largement de la qualité des outils de mesure et de la transparence des systèmes d’évaluation.
Entre ambition environnementale et contraintes méthodologiques, le dispositif illustre les défis persistants de la gouvernance climatique mondiale.
La Rédaction
Source
Nations unies (ONU) ; Accord de Paris (2015) ; programme UN-REDD ; Université de Yale ; revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

