L’opposition dénonce une dérive constitutionnelle, Kinshasa invoque la souveraineté populaire
Les déclarations du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, sur la possibilité d’un troisième mandat continuent de provoquer une onde de choc politique dans le pays. L’opposition dénonce une remise en cause frontale de la Constitution, tandis que le camp présidentiel évoque une éventuelle consultation populaire.
Lors d’une conférence de presse de plusieurs heures tenue à Kinshasa, le chef de l’État a indiqué qu’il pourrait se représenter en 2028 si les Congolais en exprimaient la volonté. « Si les Congolais me demandent de revenir, je suis à leur disposition », a-t-il déclaré, tout en assurant que toute modification du cadre constitutionnel serait soumise à référendum.
Au pouvoir depuis 2019 et déjà engagé dans son second mandat, Félix Tshisekedi a toutefois ouvert la porte à un débat institutionnel sensible dans un pays où la limitation à deux mandats présidentiels constitue un pilier de l’ordre constitutionnel.
Une opposition vent debout contre toute révision du mandat présidentiel
Ces propos ont immédiatement suscité de fortes réactions au sein de l’opposition. Plusieurs responsables politiques accusent le président de chercher à contourner la Constitution pour prolonger son maintien au pouvoir.
Pour l’ancien député Claudel-André Lubaya, aujourd’hui en exil, la position du chef de l’État ne laisse aucune ambiguïté. Selon lui, invoquer la volonté populaire ne saurait justifier une violation des dispositions fondamentales du texte constitutionnel.
Dans le débat juridique, c’est l’article 220 de la Constitution congolaise qui cristallise les tensions. Ce dernier interdit toute révision portant notamment sur la limitation du nombre de mandats présidentiels. Adoptée en 2006 après la période de transition, cette disposition visait à empêcher le retour de pratiques autoritaires.
Un débat constitutionnel ancien ravivé par le pouvoir en place
Si le principe de limitation des mandats est historiquement associé à la consolidation démocratique post-Mobutu, les débats autour de sa rigidité ne sont pas nouveaux en RDC. Le camp présidentiel évoque aujourd’hui la nécessité d’une adaptation institutionnelle, notamment sur la répartition des compétences entre l’État central et les provinces.
Certains proches du pouvoir estiment également que la Constitution actuelle aurait été largement influencée par des experts étrangers, alimentant ainsi l’argument d’une révision « souveraine ».
Depuis 2024, le parti présidentiel UDPS pousse d’ailleurs pour une révision du texte fondamental, ravivant un débat politiquement explosif dans un pays marqué par une longue histoire de prolongations de pouvoir.
Le facteur sécuritaire au cœur des justifications présidentielles
Au-delà des enjeux institutionnels, Félix Tshisekedi a également lié cette réflexion à la situation sécuritaire dans l’est du pays, toujours en proie à des conflits armés impliquant notamment la coalition AFC/M23.
Le président a averti que l’organisation des élections prévues en 2028 pourrait être compromise si les combats se poursuivent. Une situation qu’il compare à d’autres contextes internationaux où des scrutins ont été reportés en temps de guerre.
Mais pour ses opposants, cet argument sécuritaire pourrait servir de levier politique pour justifier un allongement du calendrier électoral. Plusieurs voix estiment qu’il existe une contradiction entre la promesse de soumettre les réformes à référendum et la difficulté évoquée d’organiser des élections nationales dans un contexte instable.
Une scène politique de plus en plus verrouillée
Des analystes estiment que le débat sur un éventuel troisième mandat intervient dans un contexte de recomposition du paysage politique congolais, marqué par l’affaiblissement progressif de l’opposition visible sur le terrain.
Selon plusieurs observateurs, une partie des figures critiques du régime se trouvent désormais en exil ou réduites à une faible capacité d’influence interne, ce qui contribuerait à renforcer la position du pouvoir en place dans la narration politique nationale.
Dans ce climat tendu, la question d’une éventuelle révision constitutionnelle s’impose désormais comme l’un des principaux points de friction entre majorité et opposition, avec en toile de fond un enjeu central : l’équilibre institutionnel de la RDC à l’approche de 2028.
La Rédaction

