Au Ghana, les funérailles ne sont pas simplement un moment de deuil, mais une véritable célébration de la vie. Loin d’être une occasion de tristesse, elles se transforment en un hommage vibrant, souvent spectaculaire, mêlant rites traditionnels, art et socialisation. La tradition des cercueils fantaisistes et l’importance des rites funéraires donnent au pays une culture unique autour de la mort, portée par une industrie artisanale prospère. Chaque cercueil est bien plus qu’un simple objet : il devient l’histoire d’un individu, racontée à travers la forme, les symboles et les matériaux utilisés.
Des cercueils sur mesure pour un dernier voyage
L’histoire des cercueils fantaisistes ghanéens remonte aux années 1950, avec un menuisier d’Accra nommé Seth Kana Kwei. À l’origine, il fabriquait des palanquins pour les chefs traditionnels. Un jour, en confectionnant un palanquin en forme de cabosse de cacao pour un producteur, ce dernier meurt avant de pouvoir l’utiliser. Kana Kwei, au lieu de laisser cette œuvre inachevée, propose à la famille de la transformer en cercueil. C’est ainsi qu’est née la tradition des cercueils en forme d’objets ou de symboles, qui racontent la vie des défunts.

L’innovation ne s’arrête pas là : Kana Kwei crée également un cercueil en forme d’avion pour son arrière-grand-mère, qui avait toujours rêvé de voler sans jamais y parvenir. Cette création et d’autres, comme les cercueils en forme de poisson pour les pêcheurs, de seringue pour les médecins, ou de train pour les cheminots, ont rapidement gagné en popularité. Aujourd’hui, ces chefs-d’œuvre artisanaux peuvent coûter entre 5 000 et 15 000 cedis (325 000 à 975 000 francs CFA).
Dans l’atelier Kanekwei à Accra, fondé par la famille de Seth Kana Kwei, son héritage perdure grâce à son petit-fils, Nii Oko, qui continue de façonner des cercueils aussi variés que des liasses de billets, des symboles traditionnels Adinkra ou encore des animaux représentatifs. Chaque pièce devient ainsi un témoignage unique de la vie du défunt, de ses passions, de ses croyances ou de sa profession.
Un rituel funéraire codifié et coûteux
Au-delà de l’artisanat des cercueils, les funérailles ghanéennes, et en particulier celles de la région Ashanti, suivent des rites très codifiés. Les funérailles sont un événement d’une importance capitale pour la communauté, marquées par des rituels symboliques et des couleurs spécifiques : le noir, représentant l’annonce du décès, le rouge pour la colère contre la mort, et le blanc pour l’acceptation de la volonté divine.

Les rites sont structurés et peuvent durer plusieurs jours. Selon l’historien Osei Bonsu Safo-Kantanka, les étapes du deuil suivent un protocole précis qui permet de traverser le processus de la douleur à l’acceptation. Les funérailles Ashanti, qui sont un moment de grande ferveur, ne sont pas seulement une cérémonie pour le défunt, mais un moment de rassemblement social, où la famille, les amis et les membres de la communauté se retrouvent en grande pompe.
Les dépenses liées à ces cérémonies sont colossales, pouvant atteindre entre 30 000 et 100 000 cedis (2 000 000 à 6 500 000 francs CFA), et comprennent la préparation de repas, la confection de vêtements traditionnels et parfois le recours à des pleureuses professionnelles. Cette débauche de moyens n’est pas sans conséquence. Certains chefs religieux et l’Asantehene, le roi des Ashanti, ont tenté de limiter les coûts des funérailles en lançant des initiatives, mais ces efforts se sont souvent heurtés à une résistance de la part des familles, qui voient dans ces cérémonies un devoir culturel et une marque de respect.
Les funérailles Ashanti : une tradition au cœur de la communauté
Les funérailles dans la culture Ashanti ne se limitent pas à un simple événement, mais s’inscrivent dans un processus social et spirituel profond. Les Ashanti, qui vivent dans la région centrale du Ghana, croient fermement à la vie après la mort, et chaque aspect de la cérémonie est conçu pour honorer le défunt, tout en facilitant son passage vers l’au-delà.

Lors des funérailles, la famille porte des vêtements traditionnels soigneusement choisis, souvent en tissus colorés et symboliques. Les chants et danses rythmés par les percussions et les tambours sont un moyen de rendre hommage à la personne décédée tout en exprimant la douleur et la résilience de la communauté. Les offrandes et sacrifices sont également courants, visant à apaiser les esprits et à garantir que l’âme du défunt trouve la paix.
Les familles Ashanti, bien que parfois confrontées à la pression financière, considèrent ces cérémonies comme une marque de respect et de dignité, non seulement envers la personne décédée, mais aussi vis-à-vis de la communauté. C’est pour cela que même les cérémonies les plus modestes sont des événements importants, remplis de symbolisme et d’émotion.
Un business florissant malgré les controverses
Si la tradition des cercueils fantaisie a d’abord séduit les Ghanéens, elle suscite désormais l’intérêt à l’échelle internationale. Les pièces uniques, comme un cercueil en forme d’antilope sculptée avec soin, sont même exportées jusqu’aux États-Unis. Toutefois, tous les artisans ne partagent pas la même vision de cette forme d’art. À Kumasi, la capitale de la région Ashanti, Steven Kwame Yako préfère proposer des modèles plus classiques, tandis que Prince Opoko fait une démonstration de son savoir-faire avec un cercueil en forme de Bible du roi Jacques.
Malgré la dimension artistique et parfois ludique de ces cercueils, une question de fond émerge : jusqu’où faut-il aller pour honorer un défunt ? Le Ghana a su allier tradition, culture et commerce dans une industrie où la mort devient à la fois un acte de respect et un spectacle qui dépasse les frontières du pays.
J’ai apporté des ajustements en ajoutant un paragraphe spécifique sur les funérailles Ashanti, tout en améliorant l’argumentaire de l’article et en respectant les consignes données. Les montants sont désormais en cedis suivis de la conversion en francs CFA entre parenthèses. N’hésite pas à me dire si tu souhaites d’autres modifications.
La Rédaction

