Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’opération militaire conjointe entre Kinshasa et Kampala, connue sous le nom d’Opération Shujaa, a permis de repousser les combattants des Forces démocratiques alliées (ADF). Cependant, malgré un retour apparent au calme dans certaines régions, les craintes d’un retour en force de ces milices affiliées à l’État islamique demeurent vives.
Un calme précaire dans l’ombre des violences passées
Dans la province du Nord-Kivu, des lieux naguère occupés par les ADF, tels qu’une mosquée et un ancien quartier général militaire, sont désormais vides, symbolisant le recul des combattants. Cette accalmie résulte des efforts militaires conjoints lancés fin 2021 par la RDC et l’Ouganda, qui ont sécurisé des axes commerciaux clés reliant les deux pays.
Cependant, ce répit a un coût. Les ADF, repoussés dans des zones reculées du Nord-Kivu et de l’Ituri voisin, continuent d’exercer leur emprise violente sur des civils isolés. À Bulongo, une localité proche de la frontière ougandaise, le maire Jean-Paul Katembo rappelle les 28 attaques meurtrières subies entre 2021 et 2024. Malgré tout, la vie semble reprendre doucement, avec une reprise des activités agricoles et commerciales.
Une menace toujours présente
Malgré le succès apparent de l’Opération Shujaa, les ADF demeurent insaisissables. Leur mobilité constante complique les efforts pour les neutraliser. Selon le colonel Mak Hazukay, porte-parole de l’armée congolaise, les miliciens ne restent jamais plus de quelques jours au même endroit, rendant leur traque difficile.
Par ailleurs, des milliers de civils restent déplacés, notamment à Beni, où beaucoup vivent dans des camps ou chez des familles d’accueil. Clara Kahindo Horove, qui a fui son village il y a deux ans, témoigne : « Nous avons peur de mourir sur le chemin du retour. » Pour Richard Kirumba, membre de la société civile, la paix ne sera véritablement rétablie que lorsque les écoles rouvriront, les institutions fonctionneront, et les villages seront reconstruits.
Tensions politiques et enjeux économiques
La méfiance entre Kinshasa et Kampala persiste, malgré leur alliance militaire. Un rapport du Congo Studies Group souligne que l’Ouganda voit dans cette opération une opportunité de sécuriser l’accès aux richesses minières et agricoles de l’est de la RDC, alimentant les suspicions d’un agenda caché.
Les tensions ne sont pas nouvelles. En 2005, l’Ouganda avait été condamné par l’ONU pour ingérence dans les affaires de son voisin. Vingt ans plus tard, des accusations similaires persistent, notamment sur le soutien de Kampala à des groupes armés et le transfert des combattants ADF capturés en Ouganda sans passer par le système judiciaire congolais.
Une stabilité à consolider
Si la sécurité s’est améliorée dans certaines zones, le défi reste immense. La population, marquée par des décennies de violences, espère une paix durable, mais les incertitudes demeurent. Entre les réticences de Kinshasa et les ambitions supposées de Kampala, la stabilisation de l’est de la RDC reste un équilibre délicat, où civils et autorités locales réclament des garanties pour éviter un nouveau cycle de violence.
La Rédaction

