Au cœur des collines verdoyantes du territoire de Masisi, dans la province congolaise du Nord-Kivu, le site minier de Rubaya bruisse chaque jour des coups de pioches, des gémissements d’épuisement et d’un silence résigné. Ici, des milliers de mineurs artisanaux extraient à mains nues du coltan, de la cassitérite et du manganèse — ces minerais critiques qui alimentent la fabrication des smartphones, batteries et autres technologies de pointe.
Depuis plusieurs mois, cette mine stratégique est passée sous le contrôle du groupe armé M23. Un changement qui, pour les travailleurs, n’a rien bouleversé : les conditions de vie et de travail demeurent aussi précaires et violentes qu’avant.
Travail sans droits, salaire sans vie
Jean Baptiste Bigirimana, mineur depuis sept ans, touche à peine 40 dollars par mois. « Ce n’est pas suffisant. Les enfants ont besoin de vêtements, d’éducation, de nourriture. Quand je divise l’argent, il ne reste plus rien », explique-t-il, épuisé. À Rubaya, comme dans tant d’autres sites à l’est de la RDC, l’exploitation artisanale est souvent le seul moyen de survivre — au prix de la santé, de la dignité, parfois de la vie.
Changement de milice, même violence sociale
Avant le M23, c’est la milice Wazalendo — alliée à l’armée congolaise — qui contrôlait la région. Pour les mineurs, la différence est mince. Certains parlent d’un harcèlement plus systématique sous le Wazalendo.
« J’ai travaillé ici sous leur autorité. Ils prenaient nos minerais, nous faisaient reculer, demandaient de l’argent. Avec le M23, c’est un peu plus stable, mais nous restons pauvres », confie Alexis Twagira, mineur depuis 13 ans. Le contrôle militaire change, mais la misère s’installe.
Le coltan, richesse pillée
Pour Kinshasa, l’objectif du M23 est clair : contrôler les minerais et les acheminer illégalement vers le Rwanda. À Rubaya, cette géopolitique lointaine se traduit par une réalité tangible : les mineurs restent les grands oubliés de la chaîne de valeur mondiale.
« Le coltan que nous produisons ne nous aide pas », déplore Bahati Moïse, commerçant local. « On entend que des téléphones Tecno sont fabriqués avec notre coltan, mais nous vivons dans la misère. Le monde entier profite de nos minerais, sauf nous. »
Une paix à vendre ?
En avril, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a supervisé la signature d’un engagement entre la RDC et le Rwanda, visant à stabiliser la région. Le président Félix Tshisekedi mise sur un partenariat renforcé avec les États-Unis pour attirer des investissements et apaiser les tensions — en échange d’un meilleur accès américain aux ressources minières.
Mais sur le terrain, les armes ne se sont pas tues. Depuis les années 1990, plus de 100 groupes armés se disputent les ressources du Kivu, dans un chaos où la paix est toujours un mirage.
L’or numérique, les vies oubliées
À Rubaya, chaque pelletée de coltan creusée dans la terre enrichit ailleurs. Dans les vitrines des grandes capitales, le téléphone dernier cri brille. Dans les galeries du Nord-Kivu, l’obscurité persiste. Le M23 règne. La misère, elle, s’installe.
La Rédaction

