Plus de 125 000 cas suspects de choléra et 3 644 décès suspects ont été recensés en République démocratique du Congo entre janvier 2025 et fin septembre 2026, selon une alerte relayée par les Nations unies. L’insuffisance d’eau potable et d’assainissement entretient la transmission, tandis qu’Ebola accroît la pression sur les services de santé.
Un bilan lourd, à lire avec ses limites
L’alerte publiée le 14 octobre par les Nations unies, citant l’Organisation mondiale de la santé (OMS), confirme l’ampleur de la crise. Les chiffres couvrent près de vingt et un mois : ils ne correspondent donc pas à la seule année 2026. La qualification de cas et de décès « suspects » doit également être conservée, car elle ne signifie pas que chaque infection ou décès a été confirmé en laboratoire.
Un bilan distinct de l’OMS comptabilisait 44 773 cas et 1 303 décès du 1er janvier au 30 août 2026. Ces données éclairent la situation annuelle, mais ne peuvent être directement comparées au cumul annoncé en octobre sans harmoniser les périodes et les critères de surveillance. L’organisation prévient que les notifications peuvent être tardives, incomplètes ou révisées.
Les deux Kivu et le Kwango au premier plan
La ventilation géographique récente vérifiable dans les documents consultés porte sur août. Le Sud-Kivu représentait 26 % des cas des quatre dernières semaines, le Nord-Kivu 24 % et le Kwango 16 %. Au total, 19 des 26 provinces avaient été touchées depuis le début de l’année. L’OMS signalait aussi une préoccupation au Sud-Ubangi, voisin de la République centrafricaine, et au Kwango, frontalier de l’Angola.
En août, 6 691 nouveaux cas et 154 décès avaient été rapportés : les cas augmentaient de 35 % par rapport au mois précédent, tandis que les décès diminuaient de 26 %. Cette évolution documente une reprise estivale de la transmission, sans suffire à établir la tendance de septembre ou d’octobre. Dans les deux Kivu, l’insécurité limitait l’accès aux populations et avait entraîné la suspension d’activités communautaires. (who.int)
L’eau contaminée, moteur de la transmission
Le choléra est une infection bactérienne contractée par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Lorsque les matières fécales polluent les ressources utilisées pour boire ou cuisiner, l’absence d’assainissement favorise sa propagation. L’accès à l’eau potable, aux latrines et à l’hygiène constitue donc un élément central de la prévention.
En RDC, ces vulnérabilités prennent plusieurs formes. Un bulletin de l’OMS consacré au premier trimestre 2026 décrit, dans l’ouest, le rôle des inondations, de l’insalubrité, de la densité urbaine et des campements riverains. Dans l’est, les déplacements provoqués par les conflits aggravent les difficultés d’accès à l’eau et à l’assainissement. La géographie de l’épidémie dépasse ainsi les seules zones de combats. (afro.who.int)
Ebola ajoute une pression sanitaire distincte
Le lien entre les deux épidémies est surtout opérationnel. Ebola se transmet notamment par contact direct avec les liquides biologiques de personnes infectées ou avec des objets contaminés. Sa coexistence avec le choléra sollicite davantage les équipes, les laboratoires et les capacités de prévention des infections.
La mise à jour de l’OMS arrêtée au 12 octobre recense en RDC 9 066 cas confirmés et 4 361 décès confirmés liés au virus Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle d’Ebola. (who.int) La description géographique publiée le 8 octobre, fondée sur les données du 6 octobre, situe les principaux foyers en Ituri et au Nord-Kivu. La riposte associe surveillance, diagnostic, isolement, soins, suivi des contacts et mobilisation communautaire. Ces exigences renforcent la charge d’un système déjà confronté à plusieurs urgences. (who.int)
Une riposte nécessaire, des résultats encore à préciser
Contre le choléra, les interventions recommandées combinent surveillance, eau sûre, assainissement, vaccination orale et accès rapide aux soins. La réhydratation est essentielle : les formes graves peuvent entraîner une déshydratation mortelle en quelques heures. La vaccination complète ces mesures, mais ne remplace pas l’amélioration durable de l’accès à l’eau. (who.int)
Plusieurs points restent à confirmer pour apprécier la riposte actuelle en RDC : la répartition provinciale à fin septembre, les dernières tendances hebdomadaires, la couverture des campagnes vaccinales et l’accès effectif aux centres de traitement. Les sources consultées ne permettent pas de présenter ces éléments comme établis. Le bilan national mesure l’ampleur de la crise ; une information locale actualisée demeure indispensable pour savoir où la transmission progresse et où les interventions produisent des résultats.
La Rédaction
Sources
Nations unies, « RDC : le choléra progresse sur fond d’épidémie d’Ebola », 14 octobre 2026 ; OMS, Relevé épidémiologique hebdomadaire, volume 101, numéro 39, données choléra au 30 août 2026 ; OMS RDC, bulletin janvier-mars 2026 ; OMS, fiche « Choléra », 29 septembre 2026 ; OMS, bulletin Ebola du 8 octobre et mise à jour quotidienne au 12 octobre 2026. Vérification effectuée le 15 octobre 2026.

