C’est une décision qui fait trembler le paysage médiatique congolais. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) a annoncé, le 4 juin 2025, une interdiction de toute médiatisation de l’ancien président Joseph Kabila et de son parti, le PPRD, pour une durée de 90 jours. Cette mesure sans précédent touche tous les supports, de la presse écrite aux réseaux sociaux. Une décision choc, prise dans un contexte d’extrême polarisation politique en République démocratique du Congo.
Une sanction justifiée par la « préservation de l’unité nationale »
Christian Bosembe, président du CSAC, justifie cette interdiction par la volonté de préserver la cohésion nationale. Selon lui, les dernières déclarations de Joseph Kabila, notamment lors de son passage à Goma, sont de nature à envenimer une situation sécuritaire déjà explosive dans l’Est du pays. L’ancien chef de l’État y a proposé un « pacte citoyen », une initiative jugée subversive par le pouvoir en place, qui soupçonne des accointances entre le PPRD et la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda.
Un silence imposé dans un contexte judiciaire brûlant
Cette interdiction intervient alors que le Sénat a levé, le 22 mai, les immunités parlementaires de Joseph Kabila. Une première dans l’histoire récente du pays, ouvrant la voie à de possibles poursuites pour crimes de guerre et trahison. Ce calendrier judiciaire n’échappe pas aux observateurs, qui y voient un durcissement politique ciblé, dans un contexte de recomposition du pouvoir après les élections de 2023.
Une mesure controversée, à la limite de la censure
Pour de nombreux juristes, journalistes et défenseurs des droits humains, cette suspension médiatique constitue une grave atteinte à la liberté d’expression et au pluralisme politique. L’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) dénonce « une mesure arbitraire contraire à l’État de droit ». Certains médias évoquent une dérive autoritaire, accusant les institutions de chercher à effacer un acteur politique gênant à l’approche d’échéances majeures.
Le spectre d’un précédent dangereux
Au-delà du cas Kabila, cette décision pose une question cruciale : celle de l’indépendance des médias face à la montée en puissance des appareils de contrôle politique. En restreignant l’espace d’expression d’une figure de l’opposition, le pouvoir risque de fragiliser davantage la démocratie congolaise. L’interdiction temporaire du CSAC pourrait créer un précédent où la régulation médiatique devient un instrument de neutralisation politique.
En République démocratique du Congo, la voix de Joseph Kabila est désormais bannie des ondes et des colonnes. Une mesure qui en dit long sur la fragilité du débat démocratique, à l’heure où l’unité nationale ne peut se construire que sur la confrontation libre des idées, même les plus controversées. Loin d’apaiser les tensions, cette interdiction pourrait bien renforcer la défiance et précipiter le pays dans une nouvelle crise institutionnelle.
La Rédaction

