La République démocratique du Congo (RDC) traverse une crise humanitaire majeure. Dans l’est du pays, les violences sexuelles liées au conflit se sont intensifiées, alors que le soutien médical, psychosocial et juridique aux survivantes s’effondre. Cette alerte provient d’un rapport publié le 12 janvier 2026 par Human Rights Watch (HRW) en collaboration avec la Ligue des femmes pour les droits humains et le développement intégral (SOFEPADI). Les agressions documentées incluent des viols, des agressions sexuelles et d’autres formes de violences basées sur le genre, utilisées comme armes de guerre par plusieurs acteurs armés.
Contexte et acteurs en cause
Les provinces de l’Ituri, du Nord‑Kivu et du Sud‑Kivu restent particulièrement exposées aux violences, avec la présence de groupes armés non étatiques tels que le M23, l’ADF, la CODECO ou le CRP, ainsi que certains éléments des forces militaires congolaises. Les civils, surtout les femmes et les enfants, sont régulièrement victimes de viols collectifs, d’enlèvements et de mariages forcés. Ces violences sont souvent utilisées pour terroriser les populations et asseoir un contrôle territorial.
Les témoignages recueillis par HRW mettent en lumière l’ampleur de la tragédie. Une femme de 42 ans, violée par des combattants du M23 au Nord-Kivu, a fui vers l’Ouganda et appris qu’elle était enceinte et porteuse du VIH, faute d’accès rapide aux traitements essentiels. À Ituri, Béatrice et onze autres civils ont été ambuscadés, battus et violés, les femmes étant contraintes d’abandonner leurs fermes, sources vitales de subsistance. Agathe, 20 ans, a été confrontée à un choix insupportable entre la mort ou le viol par des combattants de la CODECO, illustrant comment les violences sexuelles sont utilisées comme outil de contrôle et de domination.
Effondrement du soutien aux survivantes
Alors que les besoins augmentent, le soutien aux survivantes diminue de manière alarmante. Les kits de prophylaxie post-viol (PEP), essentiels pour prévenir le VIH, ainsi que les services de contraception d’urgence, sont rares ou indisponibles dans de nombreuses cliniques de l’est du pays, suite à des coupes de financement international, notamment sur des projets précédemment soutenus par les États-Unis. De nombreux centres de santé et structures d’accompagnement psychosocial ont fermé ou réduit leurs services en raison de l’insécurité et du manque de financement. Cette situation expose les survivantes à un risque accru de grossesses non désirées, d’infections sexuellement transmissibles non traitées et de troubles psychologiques durables.
Dimension plus large de la crise
Cette crise s’inscrit dans un contexte plus vaste. Selon l’UNICEF, plus de 35 000 cas de violences sexuelles envers des enfants ont été recensés dans les neuf premiers mois de 2025, mettant en lumière l’ampleur du fléau pour les mineurs congolais. La violence sexuelle, qu’elle soit liée au conflit ou non, reste systémique et sous-déclarée en raison de la peur de la stigmatisation et des représailles. L’UNFPA alerte que ces violences sont utilisées pour terroriser et contrôler les populations, aggravées par les déplacements massifs de civils, avec des centaines de milliers de personnes contraintes de fuir leurs foyers.
Impacts et appels à l’action
Les violences sexuelles pendant les conflits constituent des crimes de guerre selon le droit international humanitaire et violent les conventions ratifiées par la RDC. Human Rights Watch et SOFEPADI exhortent le gouvernement congolais et la communauté internationale à intensifier l’accès aux soins médicaux immédiats, restaurer et renforcer le financement des services essentiels, poursuivre les responsables devant la justice nationale et internationale, et développer les réponses psychosociales et socio-économiques pour rompre le cycle d’impunité et de vulnérabilité.
La situation des violences sexuelles liées au conflit en RDC illustre une crise humanitaire profonde où l’intensification des agressions s’accompagne d’un effondrement du soutien vital aux survivantes. Une action urgente, coordonnée et soutenue est indispensable pour protéger les droits, la dignité et les vies de milliers de femmes et d’enfants plongés au cœur de ce conflit prolongé.
La Rédaction
Sources :
•Human Rights Watch, RD Congo : Escalade des violences sexuelles liées au conflit, 12 janvier 2026, https://www.hrw.org/fr/news/2026/01/12/rd-congo-escalade-des-violences-sexuelles-liees-au-conflit
•SOFEPADI, Rapports sur les violences sexuelles en RDC, 2026
•UNICEF, Sexual violence against children entrenched in DRC, 2025, https://www.unicef.org
•UNFPA, Statement on sexual violence against women and girls in Eastern DRC, 2026, https://drc.unfpa.org

