Abidjan — Il devait incarner le renouveau politique ivoirien. Pourtant, Tidjane Thiam, candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), est officiellement écarté de la présidentielle d’octobre. Son nom, pourtant présent sur la liste électorale provisoire, a disparu de la version définitive publiée par la Commission électorale indépendante (CEI). En réponse, le PDCI a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies. Un recours qui, au-delà du droit, prend une forte dimension politique.
Une radiation judiciaire contestée
L’ancien banquier international, propulsé en politique en 2023, a été radié des listes électorales par décision de justice le 22 avril dernier. Motif : au moment de son inscription, il détenait encore la nationalité française, bien qu’il ait officiellement renoncé à cette double nationalité en février 2025.
Cette décision a été confirmée par la CEI dans sa publication du 4 juin. Le PDCI, qui dénonce une « manœuvre politique » destinée à écarter les candidats de poids, parle d’une violation flagrante des droits civiques. « C’est un sabotage du processus électoral », martèle un cadre du parti.
Une opposition vidée de ses figures
Tidjane Thiam n’est pas le seul à être éliminé. L’ancien président Laurent Gbagbo est également exclu, en raison d’une condamnation judiciaire datant de 2018. L’ex-Premier ministre Guillaume Soro, toujours en exil, et Charles Blé Goudé, débouté de sa demande de réintégration, ne figurent pas non plus sur la liste. C’est une grande partie de l’opposition historique qui se retrouve ainsi neutralisée.
Le climat préélectoral se crispe. Des observateurs évoquent une dérive vers une élection verrouillée, où la compétition démocratique se vide de son sens.
Un recours à l’ONU : politique avant tout
Face à l’impasse judiciaire nationale, le PDCI a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies, un organe basé à Genève chargé de veiller au respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ce recours invoque la violation du droit fondamental de Tidjane Thiam à participer à une élection en tant que citoyen éligible.
Cependant, il faut le souligner : le Comité n’a pas de pouvoir contraignant. Il peut formuler des recommandations et condamner l’État sur le plan moral, mais ne peut obliger la Côte d’Ivoire à réintégrer Tidjane Thiam sur les listes.
Le recours est donc surtout symbolique et stratégique. Il vise à alerter l’opinion publique, à mobiliser la communauté internationale, et à mettre sous pression un régime déjà accusé de verrouiller le jeu électoral. C’est une façon de transformer une exclusion juridique en bataille politique.
Une bataille pour la légitimité
Pour les partisans de Thiam, ce recours à l’ONU est un cri d’alarme. Lors de leur meeting du 31 mai à Abidjan, ils affichaient un message clair : « Une élection sans Thiam, c’est une démocratie amputée ». À travers cette exclusion, c’est la crédibilité du scrutin qui est en jeu.
Tandis que le président Alassane Ouattara n’a pas encore annoncé s’il sera candidat à sa propre succession, le climat politique devient de plus en plus tendu. Le rejet successif des principales figures de l’opposition semble baliser le terrain pour un scrutin à sens unique.
L’exclusion de Tidjane Thiam illustre les fractures profondes de la démocratie ivoirienne. En saisissant l’ONU, le PDCI sait qu’il n’obtiendra pas une réintégration forcée, mais il espère gagner sur un autre terrain : celui de la légitimité. À six mois de la présidentielle, la Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins. Le recours au droit international marque le début d’une nouvelle phase : celle d’un combat diplomatique pour faire entendre une voix étouffée.
La Rédaction j

