Dimanche 20 avril 2025, catholiques et orthodoxes ont célébré Pâques le même jour. Une rare coïncidence qui, au-delà de la dimension symbolique, a ravivé un débat aussi ancien que la fracture entre Rome et Constantinople : faut-il unifier la date de la Résurrection du Christ ? Tandis que le pape François et le patriarche œcuménique Bartholomée y voient un signe d’espérance, les divergences demeurent profondes.
Un décalage hérité des calendriers
Depuis l’adoption du calendrier grégorien en 1582 par l’Église catholique, le calendrier julien, toujours utilisé par les orthodoxes, provoque régulièrement un décalage dans la date de Pâques. Résultat : une célébration souvent séparée de plusieurs semaines. Mais cette année, les calculs des deux traditions ont coïncidé, pour le plus grand bonheur des croyants.
Un message fort, mais des réticences persistantes
Quelques jours avant son hospitalisation, le pape François a salué cette convergence comme un appel à « avancer vers une date commune ». Depuis 2014, il plaide régulièrement pour cette réforme, qu’il envisage avec humour et insistance. Le patriarche Bartholomée, lui aussi, a vu dans ce dimanche commun « un signe d’unité possible dans la foi ».
Mais l’enthousiasme des chefs religieux peine à convaincre les institutions. La réforme d’un calendrier liturgique est loin d’être un simple ajustement astronomique : elle touche aux fondements spirituels et identitaires de chaque Église.
Les obstacles à une date unique
Le Conseil œcuménique des Églises propose depuis longtemps une solution technique : prendre Jérusalem comme méridien de référence et utiliser les calculs astronomiques modernes pour fixer Pâques. Toutefois, cette idée se heurte à une forte résistance au sein du monde orthodoxe, pour qui toute réforme pourrait être perçue comme une concession à Rome, voire une trahison de la tradition.
« Ce n’est pas une question de chiffres, c’est une question de foi », affirme le père Anastasios, prêtre orthodoxe à Athènes. L’adoption du calendrier grégorien par les Églises orientales est encore perçue comme une forme de domination occidentale.
Des exemples locaux d’unité
Pourtant, dans certaines régions, la convergence est déjà vécue. Sur l’île de Syros, en Grèce, catholiques et orthodoxes célèbrent ensemble depuis des décennies. En Finlande, l’Église orthodoxe locale s’aligne sur le calendrier luthérien depuis 1923. Ces pratiques montrent qu’une cohabitation rituelle est possible, lorsqu’elle est portée par les fidèles eux-mêmes.
« C’était merveilleux de vivre cette Pâques avec nos frères orthodoxes », témoigne Joseph Roussos, catholique grec. « J’espère que ce ne sera pas la dernière. »
Une espérance fragile
Le dimanche 20 avril 2025 restera comme une date rare, peut-être historique. Mais au-delà de l’émotion partagée, il reste à savoir si ce moment d’unité liturgique aura un prolongement concret. À l’approche du 1700e anniversaire du concile de Nicée en 2025, les appels à l’unification pourraient s’intensifier. Reste à surmonter les inerties séculaires qui freinent encore la réconciliation des Églises.
La Rédaction

