En Ouganda, les équilibres politiques semblent progressivement se déplacer autour d’une figure centrale : le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée et fils du président Yoweri Museveni. Les récents développements au sein du Parlement et du parti au pouvoir alimentent l’idée d’une recomposition silencieuse du pouvoir, sur fond de préparation implicite de la succession présidentielle.
Une influence militaire qui déborde sur le politique
La récente élection du président du Parlement illustre ce basculement. Le choix de Jacob Oboth-Oboth, ancien ministre de la Défense, a été précédé par une série de manœuvres internes attribuées au cercle d’influence de Muhoozi au sein de la majorité.
Initialement, la formation au pouvoir avait reconduit son soutien à la présidente sortante, Anita Annet Among, malgré des controverses liées à son enrichissement personnel et à des critiques politiques croissantes. Mais à quelques jours du scrutin parlementaire, un revirement s’est produit : des relais proches du chef de l’armée ont retiré leur appui à Among pour soutenir Oboth-Oboth, qui a finalement été élu.
Dans la foulée, des opérations de police et des perquisitions ont visé les résidences de la présidente sortante, officiellement dans le cadre d’enquêtes anticorruption. Plusieurs observateurs y voient cependant une intervention indirecte du camp Muhoozi dans les luttes internes du pouvoir.
La lutte anticorruption comme levier politique
Si Muhoozi Kainerugaba n’occupe aucun rôle institutionnel dans la justice ou les enquêtes civiles, il affirme néanmoins mener une campagne contre la corruption au sein de l’État. Cette posture lui permet de s’imposer comme acteur politique à part entière, au-delà de son statut militaire.
Cette double position — militaire et politique informelle — renforce les interrogations sur la nature réelle de son influence dans les décisions récentes, notamment dans les arbitrages internes du parti au pouvoir.
Une succession devenue inévitable
Au centre de ces recompositions, la question de la succession de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis quatre décennies, s’impose désormais comme un enjeu structurel. À 81 ans, le président ougandais n’a jamais formalisé de plan clair de transition, laissant un vide politique progressivement occupé par des dynamiques internes.
Dans l’opposition, certains responsables estiment que le pays assiste à une forme de captation progressive du pouvoir par le cercle familial présidentiel. Cette lecture est toutefois formulée avec prudence, tant les équilibres institutionnels restent verrouillés autour du chef de l’État.
Des signaux d’un basculement progressif
Au sein même du camp présidentiel, certains acteurs interprètent les récents événements comme les prémices d’un nouvel ordre politique. Les soutiens de Muhoozi présentent ces évolutions comme une tentative de rationalisation du système et de lutte contre les dérives de gestion publique.
D’autres, en revanche, y voient une transformation plus profonde : celle d’une transition non déclarée, où les centres de décision se déplaceraient progressivement vers un noyau restreint gravitant autour de l’armée et de la famille présidentielle.
Dans ce contexte, l’Ouganda entre dans une phase d’incertitude politique maîtrisée, où les lignes entre pouvoir institutionnel, influence militaire et stratégie de succession deviennent de plus en plus poreuses.
La Rédaction

