Une année noire pour les libertés, marquée par le système de la « porte tournante »
Un an après la présidentielle controversée du 28 juillet 2024, le Venezuela reste englué dans un cycle implacable de répression politique. Alors que Nicolás Maduro s’est maintenu au pouvoir dans des conditions jugées opaques par de nombreux observateurs internationaux, la population subit toujours des atteintes massives aux droits humains. Arrestations arbitraires, disparitions forcées, actes de torture : la mécanique autoritaire tourne à plein régime.
Des élections sous le sceau du doute
Dès la fermeture des bureaux de vote, le Conseil national électoral a annoncé la réélection de Maduro. Mais sans publier les résultats complets, alimentant les soupçons de fraude. Les données de l’opposition indiquaient quant à elles la victoire d’Edmundo González, candidat de l’unité. Cette contestation électorale a ouvert un nouveau cycle de répression, ciblant militants, journalistes, opposants, et même des membres du clergé.
La stratégie de la terreur
Baptisée « Opération Toc Toc », la campagne de représailles lancée par le régime a été marquée par des descentes musclées dans des quartiers populaires, des arrestations massives et une chasse ouverte aux figures de l’opposition. Human Rights Watch (HRW) documente des centaines de détentions arbitraires, des actes de torture, des mises à l’isolement, des procès expéditifs, et le recours systématique à des accusations floues telles que « terrorisme » ou « incitation à la haine ».
Parmi les prisonniers politiques encore détenus figurent Freddy Superlano (Voluntad Popular), Perkins Rocha (Vente Venezuela), Jesús Armas (équipe de González), Enrique Márquez (ex-candidat présidentiel) et Eduardo Torres (avocat de PROVEA). Certains sont maintenus au secret depuis plusieurs mois, sans accès à leurs avocats ni à leur famille.
Le piège de la « porte tournante »
Malgré des annonces ponctuelles de libérations – dont 80 personnes en juillet dernier et une dizaine d’Américains dans le cadre d’un échange avec Washington – la réalité reste inchangée : pour chaque prisonnier libéré, d’autres sont arrêtés. C’est le mécanisme cynique de la « porte tournante » dénoncé par HRW, qui permet au pouvoir de simuler des gestes d’ouverture tout en poursuivant la répression.
Selon Foro Penal, 853 personnes étaient encore incarcérées pour des raisons politiques au 21 juillet 2025. Et depuis la dernière vague de libérations, une quarantaine de nouveaux opposants ont été arrêtés, parfois relâchés quelques jours plus tard, sans explication.
Une impunité bien organisée
Le gouvernement nie souvent les arrestations ou les détentions, rendant toute traçabilité difficile. Les familles errent de morgues en commissariats, sans nouvelles de leurs proches. Des pratiques assimilables à des disparitions forcées, au mépris total du droit international.
Pire encore, certaines personnes libérées sont contraintes de signer des documents de silence, ou de participer à des vidéos de propagande affirmant que leurs droits ont été respectés. Une manière de masquer les abus, tout en assurant la fidélité de l’appareil sécuritaire par un système de récompenses et de punitions.
La communauté internationale appelée à réagir
HRW appelle les gouvernements étrangers, notamment les États-Unis et les membres de l’Union européenne, à ne pas se laisser duper. « Ces libérations ne sont pas des gestes humanitaires, ce sont des manœuvres de contrôle », déclare Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques. Il est temps, selon elle, de faire pression sur les États et acteurs économiques qui soutiennent encore la dictature vénézuélienne, tout en intensifiant l’aide aux défenseurs des droits et aux journalistes.
Des échéances diplomatiques clés s’annoncent, comme le sommet UE-CELAC prévu en novembre, ou la canonisation de deux Vénézuéliens en octobre, où le Vatican pourrait jouer un rôle. Ce sont des moments cruciaux pour exiger la libération de tous les prisonniers politiques et des garanties concrètes en matière de droits fondamentaux.
Un pays au bord de l’asphyxie démocratique
Un an après l’élection présidentielle, le Venezuela reste un État autoritaire, utilisant la terreur et la manipulation pour se maintenir. Ceux qui tentent de défendre la démocratie le paient souvent au prix fort. « Il ne suffit plus d’accueillir quelques prisonniers libérés, il faut exiger la fin d’un système répressif qui étouffe un peuple », conclut Juanita Goebertus. Tant que la porte tournante restera en place, la liberté au Venezuela continuera de tourner à vide.
La Rédaction

