Kampala – À quelques jours de l’élection présidentielle du 15 janvier, Kampala a été le théâtre d’un mouvement inédit de mobilisation des jeunes Ougandais. Des centaines de manifestants ont investi les rues pour soutenir Bobi Wine, le candidat de l’opposition, et réclamer la fin du règne de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986.
Une génération qui réclame sa voix
Pour de nombreux jeunes, Museveni est un président qu’ils n’ont jamais choisi. Ruth Excellent Mirembe, partisane de Bobi Wine, explique : « Je suis née quinze ans après que Museveni ait accédé au pouvoir. Aujourd’hui, près de trente ans plus tard, il veut encore se représenter. Nous n’avons jamais eu de leader qui reflète nos valeurs et notre vision. Nous avons besoin d’un président qui incarne la génération Z. »
Un bilan contesté après quarante ans de pouvoir
À 81 ans, le président Museveni est critiqué pour son long règne marqué par des infrastructures limitées, des hôpitaux sous-équipés et des services publics insuffisants. Conrad Olwenyi, menuisier à Kampala, résume le ressentiment de sa génération : « Nous sommes les petits-enfants de Museveni. Quarante ans au pouvoir, et nous ne voyons toujours rien. Les hôpitaux manquent de médicaments, les écoles sont en difficulté, et nos revenus sont écrasés par des impôts qui dépassent notre compréhension. Il devient impossible de subvenir à nos besoins. »
Répression et disparitions inquiétantes
La campagne présidentielle se déroule dans un climat de tension. Bobi Wine accuse les forces de sécurité d’enlèvements et d’arrestations arbitraires de ses partisans : « Des dizaines de nos camarades ont disparu après avoir été enlevés de leurs domiciles. Nous encourageons nos partisans à rester vigilants, mais nous sommes des millions à vouloir le changement, et ils ne pourront pas nous faire taire. » Amnesty International a dénoncé des actes de torture et des arrestations arbitraires contre l’opposition, amplifiant la pression sur le gouvernement ougandais à l’approche du scrutin.
Vers un tournant politique historique
Alors que le pays se prépare à voter, cette mobilisation témoigne de l’urgence ressentie par la jeunesse ougandaise. Entre désir de changement, contestation du long règne de Museveni et enjeux de sécurité, la présidentielle du 15 janvier pourrait constituer un véritable test pour la démocratie dans ce pays d’Afrique de l’Est.
La Rédaction

